La stratégie du choc en Europe

Ce film est une synthèse du livre de Naomi Klein, La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre.

C’est une généalogie très éclairante du régime criminel et à vocation totalitaire dans lequel nous sommes plongés depuis l’arrivée au pouvoir de Margareth Tatcher et Ronald Reagan, dont les ravages ne semblent plus connaître de bornes depuis la chute du Mur de Berlin. La genèse se situe en Amérique du Sud et, n’en doutons pas, la cible actuelle de cette idéologie et de ses affidés aujourd’hui au pouvoir, n’est rien moins que ce qui reste d’État social en Europe. Alors que l’Europe, en effet, avait plutôt bien accusé le choc de la crise dite des « subprimes », l’attaque contre l’État Grec aura permis de susciter l’état de choc nécessaire à l’imposition, contre la volonté générale des peuples et au mépris de leur souveraineté, du trop fameux « traitement de choc » économique, inventé par Milton Friedman et dogmatiquement appliqué par ses disciples partout où la société est mise à mal par une crise.

La thèse de Naomi Klein n’a rien à voir avec la théorie du complot, elle est rigoureuse et convaincante, étayée par une documentation abondante qui donne des preuves à chaque point clé de sa démonstration, organisée en récit avec talent. D’où ce film assez remarquable dont chaque détail est significatif, dans le texte comme dans l’image. Je dis remarquable au sens strictement documentaire, ce film n’ayant par ailleurs qu’une très faible valeur artistique. Surtout, ce travail d’investigation, par-delà la description du désastre organisé de notre civilisation, est guidé par le principe espérance, car, de même que la mafia (avec laquelle ce système entretient des analogies et des relations qui tendent de plus en plus à les confondre), cette idéologie a besoin du secret et de l’insaisissabilité pour se perpétuer : dès lors qu’une description et une explication convaincante de ses topiques et de ses finalités survient, c’est le premier coup décisif qui est porté et le moyen de penser autrement qui est offert. À nous de nous en saisir.

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
Cet article, publié dans Actualités et politique, Cinématographe, Culture, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s