L’œil fait entendre, l’oreille fait voir. Quoi ? Comment ?

Y a-t-il une pensée, ou une constellation de pensées, qui transcende la masse immémoriale des mémoires blessées ? Laquelle, ou lesquelles ? Si cette transcendance existe, peut-elle aussi rendre justice à ces blessures ?

N’est-ce pas là la source même de l’idée de justice ?

Ou, plutôt, ce lieu mystérieux, cet espace où justice et vérité s’épousent enfin ? N’est-ce pas de cet interstice d’éternité que l’on peut contempler « la mer allée avec le soleil » que chantait Rimbaud ?

Mais il faut alors vraiment que cette pensée de la transcendance puisse faire justice à la stratification du mal, pour prétendre l’apaiser. Cette pensée est-elle possible ? Existe-t-elle déjà ? Est-elle à venir ?

Or, est-ce que cela peut se penser ? La transcendance est-elle contenue par l’être-là, par son entendement, sa raison, sa conscience, son intelligence ? Elle peut le toucher, s’adresser à lui : ne se trouve-t-elle pas finalement dans l’affect ? N’y a-t-il pas une loi des affects pour la connaissance, plus originaire que la raison, comme le reconnurent Spinoza, Rousseau, Diderot, Darwin ou Nietzsche ?

Et voilà que nous revenons au point de départ de nos questions : le mal, c’est cette sédimentation des affects négatifs, causés par des torts non réparés. Ce qui en fait une durable souffrance, ce qui en fait le mal en tant qu’il se répète, se reproduit, se transmet, se perpétue, c’est de ne pas avoir été entendus.

La transcendance, c’est donc l’espace où les affects peuvent être entendus à temps et à contretemps ; être apaisés, puis oubliés. Ils peuvent passer et le temps passer à nouveau.

La raison ne doit pas s’opposer aux affects, en les classant dans l’irrationnel. Pour cela, la tâche commune à l’ensemble des arts, de la poésie à l’architecture, est de construire les lieux et les instruments de leur écoute et de leur justification.

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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6 commentaires pour L’œil fait entendre, l’oreille fait voir. Quoi ? Comment ?

  1. sumski bog dit :

    Salut, merci pour tes articles, dès que j’aurais un peu de temps, j’y reviendrai.

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