L’artistique, non l’esthétique

Chers lecteurs. Après l’extrême condensation très ouverte de l’aphorisme précédent, voici de nouvelles considérations plus étendues au sujet de l’art.

Le Caravage, Méduse,1598

Il faut le dire et le redire, le fameux ouvrage de Kant, Critique de la faculté de juger, et la définition du beau qu’il contient, ne parle pas d’art mais d’esthétique. Kant y élabore une définition du « jugement de goût », que l’on traduit aujourd’hui par esthétique (du grec aïsthêsis : faculté de sentir, sensation et perception). Encore moins traite-t-il de l’art dans « L’Esthétique transcendantale » contenue dans la Critique de la raison pure.

Kant lui-même, dans la Critique de la faculté de juger, prend bien soin de distinguer entre esthétique et artistique, pour évacuer celui-ci en indiquant que là n’est pas son propos.

Est-ce particulier à Kant ? Nullement. La philosophie est incapable, constitutivement, de prendre en charge l’art en tant que tel. Car l’art n’est pas un objet pour la philosophie, laquelle ne parle jamais d’art quand elle prend pour thème une œuvre, ou un artiste ou même le concept d’art.

La définition du beau en quatre étapes selon Kant est couramment résumée en cette maxime ressassée jusqu’à la nausée : « Le beau est ce qui plaît universellement sans concept ».

Or, ce que Kant appelle le beau, il faut toujours le rappeler, s’applique aussi bien et indifféremment à une fleur des champs, ou une fleur coupée pour un bouquet, qu’à sa représentation. Celle-ci sera jugée avant tout pour sa performance mimétique. Ce qui veut dire que l’artistique est second par rapport à la nature visible et n’a donc en tant que tel aucune signification ni importance.

De plus, le beau est ce qui plaît. Mais, dès la Renaissance, quand de grands artistes pouvaient encore être populaires, certaines œuvres déjà faisaient scandale et ne recueillaient pas l’unanimité parmi les pairs eux-mêmes. Témoin, Le Caravage, dont Poussin dira qu’il se destinait à « détruire la peinture » ! On sait que les peintures religieuses de l’inventeur du clair-obscur n’étaient pas toujours du goût de ses commanditaires.

Ainsi, depuis que ce qu’aujourd’hui nous nommons art existe, il n’est pas destiné à plaire ou ne pas plaire. Le beau n’est pas l’art. Disons que celui-ci ne se confond plus avec celui-là, à partir du moment où les artistes se posent ouvertement en juges autonomes de leur propre activité, et surtout la pensent eux-mêmes indépendamment des prescriptions institutionnelles.

Enfin, l’art comporte évidemment des concepts. Les artistes méditent à leur manière les concepts philosophiques, théologiques et scientifiques. Ils vont même en produire : la perspective, inventée par l’architecte Brunelleschi en est l’exemple le plus connu. Mais ils inventent également des concepts artistiques.

Revenons au beau. Chacun sait que le beau et la beauté ne sont pas entièrement synonymes. Le beau est un critère de jugement esthétique normatif, qui chez Kant a uniquement sa source dans le sujet qui juge. La beauté est une qualité intrinsèque à une chose ou à un être qui peut même transcender le visible. De plus, à l’époque de Kant et jusqu’à la fin du XIXe siècle, une montagne et tout ce qu’elle comportait, par exemple, était considérée comme le contraire du beau, quelque chose d’horrible. Le sublime, d’ailleurs, est le suprêmement laid dont la démesure force un sentiment complexe d’admiration ayant sa source dans le sujet qui lui fait face en résistant à la répulsion, à la terreur. Tout ce qui manifeste les forces destructrices, chaotiques de la nature, s’oppose au beau, mais est jugé sublime.

Bref, l’ouvrage de Kant pourrait, à la rigueur, s’appliquer au Néoclacissisme et à l’Académisme dit pompier, dont le programme était justement de faire du beau le concept normatif de l’art.

Conscients du paradoxe et du danger, les romantiques tentèrent de transgresser les bornes du Néoclacissisme et de l’Académisme naissant. Mais Hegel annoncera l’échec de l’entreprise romantique, en ce qu’elle se tenait encore dans les limites de l’idéalisme et du religieux. Verdict : « L’art quant à sa suprême destination est pour nous une chose du passé. » Le savoir absolu de l’absolu ne peut s’accomplir qu’en philosophie.

Or, comme le rappelle Paul Valéry, dans son admirable Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, l’art est une pensée en soi : cosa mentale, disait le vieux Léonard. Les artistes conceptuels en tirèrent les conséquences-limites. Joseph Kosuth écrivit en 1969 un texte qui fit date à cet égard. Mais il ne faut jamais oublier que c’est en tant que tel que l’art est pensée. De même que la philosophie de l’art, ou l’esthétique, est un discours qui prend « l’art » pour prétexte et l’objective fatalement, de même l’art transforme le discours en matériau artistique.

Pensée sensible, dira Eisenstein : c’est beaucoup plus qu’une pensée par la sensation ou de la sensation (empirisme). C’est une pensé sensible. Si nous sommes aujourd’hui capables de sentir et de comprendre la nuance, avec tout ce qu’elle ouvre pour une pensée de l’indéterminé, c’est aux artistes modernes que nous le devons, à commencer par Cézanne, Manet et Munch, puis Kandinsky, Malévitch, Mondrian, Tatline, les dadaïstes, Eisenstein…

Kasimir Malévitch, Quadrangle noir sur fond blanc, 1915

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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10 commentaires pour L’artistique, non l’esthétique

  1. Basil dit :

    J’ai beaucoup apprécié votre article, cher Pascal, mais je ne sais si cela est un jugement de goût ou artistique. J’aurais apprécié avoir un avant goût des conséquences limites, car l’article de Joseph Kosuth en anglais m’a très vite découragé.

    A la suite des commentaires de notre ami Eric, je me suis lancé dans une tentative à exprimer le beau esthétique… Mais je me suis perdu en chemin et j’ai trouvé un seau de questions que je m’apprête à déverser ici… Le beau n’est il pas justement là où se trouve le sacré ou le divin ? C’est à dire le sacré indicible, relativement au sujet… Sujet qui dans nos sociétés peut ne plus trouver aucun repère, dans le sens où il pourrait rechercher jusqu’à son propre jugement de sens ? Sujet qui pourrait tout bien aussi avoir trop de certitudes pour ne pas avoir un jugement déjà connu, déjà dit, déjà vu ?

    Et dans tout cela, la préoccupation de l’artiste « moderne » dans son œuvre quelle est elle dans ce contexte ? Aura t il trop bien appris pour ne pas chercher à oublier son Art ? A-t-il de la matière à étaler, comme la confiture, ou à crachoter, comme on expulse un corps qui vous étrangle, sur la toile obscure de ses moyens expressifs ? Se lève t il le matin en se disant qu’il va faire quelque chose de beau ou de laid ? Ou bien, qu’il veut faire un peu de politique en souillant un symbole ? Où encore va t il improviser en fonction des hasards de la journée ?

    Mais, je crois que la seule chose qui sauvera l’Art de nos questions, ce sera sans doute son silence impossible à taire. Pour trouver le beau compatible avec l’art moderne il faudra se mettre à jour : L.O.V.E.3.0. http://www.djemdi.com

    Bien amicalement

    • Pascal Rousse dit :

      Cher Frederic,

      J’ai pris un peu de temps de réflexion avant de vous répondre, et aussi d’avoir le temps de visiter le lien que vous avez donné. Très intéressant, ce groupe, l’usage qu’ils font de ces sons archaïques… Il est vrai que la musique bénéficie, même après la révolution initiée par Shönberg, d’un ensemble de structures qui forme une base commune aux musiciens. Dès lors, la beauté y est plus évidente.

      Je dirais plutôt beauté que beau, conformément à la distinction que j’ai faite. Cela me paraît important, en raison de l’histoire de ces mots. Le beau appartient plus au langage philosophique : depuis Platon, on dit le bien, le beau, le vrai. Le beau est à la fois normatif et subjectif, c’est-à-dire une convention. L’idée de beauté implique en revanche un absolu inhérent à la chose même, qui vient à nous comme une épiphanie. Je suis donc d’accord avec le lien possible au sacré, au divin, à l’indicible, mais cela peut aussi être l’inconscient. Donc, je dirais que la beauté est un affect, tandis que le beau relève finalement de la raison… Alors que le beau procède de la convention, du pré-jugé, la beauté est à chaque fois une « révélation », une évidence nouvelle, un surgissement qui bouleverse le sens du beau et la perception en général. Je pense ainsi que l’art moderne est précisément, en profondeur, le consentement à s’exposer aux surgissements multiples de la beauté dans les choses, les matières, la lumière… Selon moi, en suivant le questionnement spirituel, l’art et notamment l’art moderne est comparable à l’aventure mystique, qui suppose une subversion de l’institution religieuse et de ses cadres, de ses dogmes. Cette modernité de l’esprit existe toujours dans « l’art contemporain », mais il est confronté à une nouvelle prise en main institutionnelle.

      Quant à l’art et au texte de Joseph Kosuth, prenons la citation de Wittgenstein qu’il donne dans ce texte : « The meaning is in the use » (la signification est dans l’usage). C’est l’affirmation du rapport entre la langue et les pratiques. Les artistes conceptuels, qui admettent avec Léonard de Vinci que l’art est pensée, veulent montrer aussi que le langage est dépendant du réseau des pratiques, des manières et des savoirs faire, pour faire sens. C’est le faire qui donne sens aux mots et aux phrases, non l’inverse comme le croient la plupart des lettrés, particulièrement les philosophes professionnels. Question éminemment artistique, d’autant plus que les institutions prétendent contrôler l’art par le discours. Les conceptuels vont le montrer en faisant d’objets de langage, de textes, des propositions artistiques. Or, ces « statements », comme on dit en anglo-américain, ne peuvent avoir de sens que si l’on présuppose qu’ils forment le projet d’une œuvre plastique possible. C’est-à-dire qu’ils forment la négation du « mode d’emploi » que les commissaires d’exposition rédigent pour expliquer et justifier des « œuvres » dépourvues de toute évidence artistique. Mais aujourd’hui, on fait mine de croire que c’est précisément l’art conceptuel qui a légitimé cela. C’est une imposture, c’est-à-dire un contresens intéressé.

      J’espère avoir été assez clair et pas trop long ! 😉

      Bien à vous

  2. ericthuillier dit :

    Vous faites bien de revenir sur cette exclamation « que c’est beau ! », qui c’est certain à peu de rapport avec le concept de beau (peut il y avoir un concept de beau unanimement ou au moins largement reconnu ? ) et beaucoup avec un phénomène éruptif, incontrôlé. Une coïncidence – non pas une coïncidence mais plutôt la coïncidence du jour car il y a toujours un œil interne qui invente sa propre géométrie mentale et met en ligne trois ou quatre points – me fait entendre, après vous avoir lu ce matin, des madrigaux de Monteverdi extraits de son recueil La forêt mentale et spirituelle (podcast d’une émission de France Musique de samedi dernier). Un titre qui décrit magnifiquement le fouillis ordonné de l’esprit et sa frémissante chanson quand passe le souffle du beau.
    Ce matin aussi, un article du Monde sur les émeutes en Tunisie provoquées par une exposition de peinture et les atteintes au «sacré» perpétuées par des artistes. Aussi effroyablement scandaleuses que soient les limitations à la liberté de créer je ne peux m’empêcher de trouver étrange que des artistes aient à ce point besoin de produire des œuvres devant lesquelles il est impossible de dire «que c’est beau» tant elles sont en prise directe sur le réel. On doit pouvoir dire «que c’est juste», les classant ainsi dans le discours politique. Est ce que la pauvreté du discours politique commande aux artistes de parler politique ? Est ce qu’en le faisant ils n’importent pas plus de pauvreté que de politique dans leurs œuvres ? Est-ce qu’ils ne combattraient pas plus efficacement, plus politiquement en offrant une alternative aux sectarismes fous au contact de laquelle s’imposerait la formule magique « que c’est beau ! » ?

    • Pascal Rousse dit :

      Je concède que, dans cette affaire tunisienne, les artistes et peut-être surtout les organisateurs ont pu se montrer imprudents.

      Mais, je n’en surestime pas pour autant le pouvoir de l’art sur les consciences. La puissance de transformation qu’une œuvre est réellement capable d’exercer suppose néanmoins un consentement de qui s’y livre, individu ou société. Comparable en cela à l’amour, la relation à l’œuvre d’art requiert ce consentement. C’est un point capital qui touche, selon moi, au lien profond de l’art à la liberté de conscience et d’action pour une démocratie digne de ce nom (encore à venir).
      Par conséquent, aussi belle soit-elle (belle au sens d’une qualité inhérente, non seulement d’un jugement subjectif), aucune œuvre d’art n’arrêtera des fanatiques. Ceux-ci ne sauraient admettre l’autonomie de la beauté artistique, ils ne peuvent que nier l’art même et sont donc par avance insensibles à la beauté de l’œuvre. Ce serait se nier eux-mêmes. Le but politique de tout fanatique est donc de créer une situation inéluctable où ce dilemme ne se posera pas pour lui et où, en revanche, les autres se trouveront pris au piège quoi qu’ils fassent ou ne fassent pas. C’est ce qui s’est passé en Tunisie…

      • krisvitti dit :

        Etonnant d’actualité.. Serions-nous en train de réactualiser certains traits de la révolution française ( et donc du sublime, du terrible ), de remettre en surface un droit à l’offense ?
        Mais ce n’est jamais un droit généralisé. On se rend compte déjà, qu’à côté de ce droit d’offenser les religions, tout ne peut être offensé. Toute forme ne peut-être renvoyée purement et simplement à l’indéterminé.. La république, la république.., ah, la république ! Comme aurait pu dire Derrida, il y a une inflation ces derniers temps, dans l’usage du mot « république ». Et du mot « valeur ».. Quel sens peut-on entendre à ce renvoie constant ? N’y-a-t-il pas là, imprécation ?
        Mais alors, la république serait-elle aussi une religion ?

  3. ericthuillier dit :

    Cher Pascal et chers amis,

    Je ne peux préjuger du temps et de l’intensité de nos échanges mais avant de laisser un nouveau commentaire, un préambule pour ne plus avoir à y revenir et permettre à chacun d’affecter à mes interventions le coefficient correcteur qui lui semblera bon. Lorsque je lis un texte de Pascal je me sens en pays familier et j’en reçois une stimulation qui me donne désir d’échanger avec lui, même si je ne peux le faire dans un registre savant. En principe je n’ai pas lu les auteurs qu’il cite et en ignore souvent le nom. De cette stimulation peuvent naître des propos d’apparences éloignées du sujet. Ainsi qu’une aiguille dans un muscle provoque un mouvement inattendu, un piquant dans un état cérébral contracte une idée qui prend soudain relief. La dire n’est pas indispensable, Dieu merci nous gardons pour nous les nuages de mots que nous formons chaque jour, mais si je la dis c’est toujours, même en cas d’expression d’un désaccord, dans un esprit d’amitié, de lien, pour dire à celui qui l’a provoqué : regarde comment ton esprit colore le mien et si tu as jeté du bleu je peux te répondre vert pour la raison que tu connais.

    Cette manière implique de dire « je » et pour compléter ce qui précède qui n’est peut être pas clair, « il » faut dire que le « je » qui survient dans ce contexte de stimulation n’est pas affirmation d’individualité. Il exprimerai plutôt son effacement, la fragilité d’un propos qui n’est que ce qui est ressenti là, à ce moment là, dans le lieu étroit d’un être qui ne s’est pas fait lui même, qui s’étonne tous les jours de l’afflux des sensations délivrées par les cinq sens de bases et des quelques autres acquis par accident. Je ne suis pas en train de faire le malin, j’essaie de dire à quel point l’échange est capital, sacré, pourquoi il offre au «je» une dimension collective, comment il peut être condition d’une forme de retrait de soi même indispensable aux liens qu’il faut faire naître et renaître, pourquoi il mérite nos efforts alors que tous les moyens sont mis en œuvre pour nous en détourner au profit d’une communication normalisée. L’échange n’est pas une projection codifiée de soi, sauf pour des fonctions utilitaires productrices par ailleurs honorables, il ne consiste pas non plus à s’affaler tout entier sur la table mais à verser au pot commun une monnaie frappée.

    Cela dit, et faites excuses, quelques impressions sur cette distinction entre l’esthétique et l’artistique. C’est évidement une question capitale puisqu’il est capital, vital, que l’art joue dans nos esprits le rôle que l’oxygène joue dans nos corps. A ce titre il me semble qu’aussi justes que soient les considérations de Pascal, elles concourent malgré elles à dresser des barrières entre l’art et les « gens ordinaires » pour lesquels l’art à forcément à voir avec le beau. Moi qui ne passe pas une journée sans m’exclamer à un moment ou un autre ( rencontre avec un paysage, un visage, une parole entendue à la radio, un rayon de lumière, un effet de vent, une image de cinéma) : que c’est beau çà ! je ne m’imagine pas m’exclamant : que c’est artistique ! ou bien j’aurai le sentiment d’être une Madame Verdurin de notre temps, lesquelles abondent chez les rédactrices d’introduction pour expositions d’artistes auxquelles nous convient des cartons d’invitation garnis d’une logorrhée aussi prétentieuse que répétitive.
    Cette réserve n’est pas une négation de vos propos, cher Pascal, mais seulement sur le chemin qui est le votre une petite pancarte pour dire «Attention». Attention à quoi, on ne sais pas, mais attention nous sommes dans un temps difficile pour l’art et donc pour les hommes, et nous devons apporter grand soin au choix de nos intransigeances.

    • Pascal Rousse dit :

      Merci beaucoup pour ce beau commentaire, cher Éric.

      Avant d’y répondre plus tard sur le fond, après réflexion, quelques remarques sur la forme. D’abord, je constate avec joie que, malgré le caractère un peu « savant » du texte, quelque chose passe et une discussion peut s’engager. C’est l’enjeu essentiel à mes yeux de ce blog. Vous ne savez pas à quel point vous me récompensez de me risquer à paraître pédant ici ! Je dis cela en toute candeur. J’espère seulement que ma manière de présenter ces références peuvent inciter à les découvrir ou à les relire d’une autre façon qu’à travers leur encadrement académique, que je m’efforce de remettre en cause.

      Cela dit, le risque que vous soulevez est bien réel et je dois donc préciser mon intention. Ma tournure d’esprit est fortement dialectique, ce qui, dans la tradition philosophique (bien avant ce qu’on entend surtout par « dialectique » aujourd’hui : Hegel et Marx), implique de penser par différenciations, par distinctions. Mais cela n’implique pas forcément un durcissement en oppositions irréductibles, qui prétendraient en plus dire le vrai sur le réel et l’expérience que quiconque peut en faire ! Cela implique, en revanche, de ma part de chercher à élucider par cette méthode un réel que je vis comme plein d’écarts et de tensions, de paradoxes… J’attire en tout cas votre attention sur ce qu’il ne s’agit pas de nier ou dénigrer la valeur des expériences diverses que nous pouvons avoir du plaisir esthétique, mais de souligner qu’à mon avis l’expérience artistique passe par une œuvre intentionnellement artistique. Or, ce que Kant appelle le beau est à la fois plus large et plus restreint, comme ce qu’on appelle aujourd’hui esthétique.

    • Pascal Rousse dit :

      J’ajouterai, pour commencer à préciser ma pensée sur le fond, que ce chacun entend généralement par l’expression « que c’est beau » a moins rapport au concept de beau, qui me semble marqué par le scepticisme, qu’au sentiment de la beauté. C’est-à-dire à l’existence d’une qualité dans la chose même. Là il y a un lien avec l’artistique dans la mesure où l’art vise à révéler la vérité de ce sentiment et à l’installer dans la durée. Et ce justement parce que le sentiment de la beauté, qui a aussi part à l’invisible et au tragique, est plus indéterminé et plus profond que le beau (au sens défini par l’esthétique).

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