Stephen Maas, What remains (chez Jordan)

Galerie Jordan, du 2 juin au 13 juillet 2012

Les nouvelles sculptures présentées par Stephen Maas peuvent se réunir sous le signe du déplacement et de la transformation. Déplacements de mots, de lettres, de matériaux et de formes, mais aussi d’usages et de positions. Autant d’occasions de provoquer, d’observer et de retenir des états de matière et de signification paradoxaux. Dès lors, le sens se produit, non pas dans la correspondance, mais dans une tension au risque de la dislocation.

Ces sculptures jouent en effet de l’instabilité matérielle, de l’incertitude de certaines relations entre forme et matière, de renversements, mais aussi d’une inquiétante perplexité où nous abandonnent des associations, à la fois sollicitées et déjouées. Au contraire d’une esthétique du processus ou d’une esthétique de la déception (de l’attente commune de « beauté », de « sens », etc.), la tension se maintient dans une ouverture du jeu signifiant, où la facture des assemblages provoque le corps à la réflexion. Plus généralement, cette tension demeure celle d’une interrogation de la sculpture sur elle-même, sur ses composantes et ses opérations, par rapport au langage ; non seulement du titre, mais aussi des mots précipités dans la matière. De là, quelque chose s’adresse à nous et nous regarde à travers la confuse posture des mots incorporés, comme dans Double I, par exemple.

Un certain nombre de matériaux et d’opérations retiennent plus particulièrement ici l’attention de Stephen Maas : la cire, les métaux à couler, comme l’aluminium ou le bronze, le bois, le carton, la terre. La chaleur du feu ou du soleil permet de passer de la dureté au liquide, de couler et mouler, de trouer, de ployer, mais aussi de modeler et d’assembler. Par ailleurs, tout déplacement suppose de jouer avec la pesanteur : le métal s’écoule, épouse tel creux, se répand, la cire posée sur des plaques chauffées s’y encastre autant que le permet sa densité et le temps de refroidissement. C’est alors que la malléabilité imposée à ces matériaux résistants rencontre celle du langage, de même que les pièces à assembler montrent leur association dans l’espace comme les lettres des mots dont elles prennent parfois la forme.

Ainsi, littéralement, de Double I, Parenthesis, Anchor ou Secret : les lettres se coulent dans le métal ou la cire pour se répartir selon d’autres lignes et d’autres plans que ceux de l’écriture, se dissociant et s’associant selon les lois de la forme, de la pesanteur, de l’équilibre et des aspects des matériaux. Avec Marianne, Half et Holed Hats, néanmoins, si les lettres ne sont pas présentes, les mêmes matériaux, formes simples et opérations s’associent de façon apparemment plus lisible. Mais la tension se maintient de contradictions plus dépouillées et non moins corrosives. Reste une cinétique suspendue.

Pascal Rousse, mai 2012

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Maas Jordan II

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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4 commentaires pour Stephen Maas, What remains (chez Jordan)

  1. manasseh dit :

    Je trouve que ce texte arrive à continuer cette tension plastique , qi est celle du travail de Stephen Maas. Il ne s’agit pas seulement de décrire une oeuvre et inviter à sa contemplation; il s’agit aussi d’en assurer la prolongation sous une autre forme.

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  2. Catherine dit :

    Tu connais mon amour des lettres et des Lettres. Va faire un tour chez Michel Butor si ce n’est déjà fait (ce qui m’étonnerait) notamment dans « Mobile ». Et surtout, bonjour!

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