Les Pussy Riot, ou la grâce de l’insurrection artistique

Bien sûr, la beauté des Pussy Riot n’est pas indifférente à leur renommée. On a dit avec raison que bien d’autres prisonniers politiques en Russie ne jouissent pas de la même attention. L’homme occidental, ce roué, tel que le cinéaste Alexandre Sokourov l’a dépeint complaisamment dans son (surestimé) Faust, goûte surtout les causes photogéniques. Cette capacité équivoque à l’indignation s’aggrave aujourd’hui du prurit médiatique.

Cependant, si l’on prête l’attention qu’il mérite au discours qu’elles ont prononcé à l’issue de leur procès, il y a bien autre chose : l’expression sincère d’une révolte philosophique, métaphysique et réfléchie, face à une situation impossible. La façon dont, accusées d’offense à la religion, elles rappellent leur juges à l’esprit du christianisme est à méditer très sérieusement. Cette fois, pulvérisant l’ignoble image machiste de la lolita russe, la beauté est bien la manifestation de la vérité et de la justice.

Car, à bien écouter ce qu’elles disent, la portée de leur parole dépasse les limites de la Russie de Poutine et nous concerne aussi. Le système de pouvoir qu’elles dénoncent est aussi le présent système mondial, qu’elles résument avec la simplicité des saints : la collusion de la puissance publique et des intérêts privés, qui entraîne l’annihilation de toute citoyenneté. D’ailleurs, nous avons connus une affaire comparable en France avec l’affaire de Tarnac. On peut aussi penser bien sûr à l’affaire Wikileaks, lorsque Paypal ou Amazon, par exemple, n’ont pas hésité à mettre le site en grave difficulté sur ordre du gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Oleg Kulik, Éclipse, 1999

Les Pussy Riot sont des artistes, à la fois musiciennes et praticiennes de la performance, amies de l’excellent Oleg Kulik, qui a mérité l’honneur de la censure de la police française, lors de la FIAC de 2008 pour des photographies jugées choquantes. Comme toujours, le pouvoir joue à M. Prudhomme et dénie la différence artistique. Les Pussy Riot se réclament des obérioutes (très bien expliqués par Gérard Conio). Et, en effet, elles sont comme eux accusées d' »hooliganisme », façon grossière mais malheureusement efficace de réduire toute contestation à de la pure délinquance. Proches également du groupe Voina, elles incarnent comme eux la haute conscience que les artistes, les écrivains et les penseurs russes ont toujours eus de la puissance existentielle, anthropologique et donc politique de la praxis artistique.

Une pétition en ligne a été mise en place pour demander leur libération : Free Pussy Riot

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
Cet article, publié dans Actualités et politique, Art, Culture, Pensée artistique, Philosophie, est tagué , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s