Post-scriptum à la banalité de l’outrage

George Grosz, Republican automatons, 1920

Sous le prétexte qu' »il y a déjà suffisamment de pères-la-morale comme ça« , tout se défend et, par conséquent, tout se vend. Ainsi clabaude la méta-morale du marché, en se parant de la liberté d’expression, par la bouche de ceux qui s’en rient. Ils comptent surtout reproduire, amplifié par le « buzz », le succès éditorial de Bagatelles pour un massacre et de L’école des cadavres de Louis-Ferdinand Céline. Grande hypocrisie que d’invoquer le cadre de la loi, exactement comme le dernier banquier, spéculateur, mafieux, politicien corrompu, etc. : « tout ce qui n’est pas défendu est permis » ! Bien sûr, la morale, elle, ne dispose (plus) d’aucun moyen de coercition. La liberté d’expression, principe fondamental de morale politique, durement conquise par les philosophes des Lumières, les révolutionnaires, les militants politiques et syndicaux, les résistants, a une fin précise, sans laquelle elle n’a plus de sens : l’émancipation dans la paix de tous les êtres humains. Son invocation pour défendre l’expression de la haine et du mépris n’est que bestialité infantile, déni de toute intelligence. L’éditeur fait des choix, suit une ligne en visant une certaine clientèle : qu’il assume ses responsabilités… morales.

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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15 commentaires pour Post-scriptum à la banalité de l’outrage

  1. Catherine dit :

    Ton dernier lien m’a laissée KO debout, Pascal. je savais grave la situation en Grèce (et ailleurs), et ce n’est pas de la dette que je parle, mais à ce point… je fais suivre.

    • Pascal Rousse dit :

      Oui, c’est très inquiétant. Comme toujours, hélas, les « élites » préfèrent ouvrir le tout-à-l’égout de la haine plutôt que de lâcher le pouvoir quand elles sont discréditées. Cette reproduction cynique de schémas historiques connus est abominable.

      • Catherine dit :

        Pour mettre (un tout petit) peu de légèreté dans ce que nous disons, un graffiti à la craie, plein de douceur dans la texture, sur un trottoir que j’emprunte souvent : « A chaque fois que l’histoire se répète, les prix augmentent ».

      • Catherine dit :

        Correction important : le vrai graffiti, c’est :

        Pour mettre un (tout petit) peu de légèreté dans ce que nous disons, un graffiti à la craie, plein de douceur dans la texture, sur un trottoir que j’emprunte souvent : “A chaque fois que l’histoire se répète, le prix augmente”.

  2. Catherine dit :

    Bonjour Pascal, je reviens à ton texte, dont je ne déplie les liens que maintenant : j’en suis au premier, celui où un éditeur se drape dans la sacro-sainte liberté d’expression – encore une expression et les valeurs qu’elles portait qui se vide de son sens, du reste : que ne peut-on lire sur divers forums comme foutaises (pardon) sur la « censure » et la « liberté d’expression » à propos de la suppression d’un ou plusieurs pauvres commentaires vides de tout sauf de haine, comme si la liberté d’expression consistait à injurier quand l’envie vous en prend sans le moindre commencement de début d’idée… La vraie censure, la vraie liberté d’expression sont un peu autre chose. Se révolter d’avoir été « censuré » pour avoir écrit « sale c**, je t’enc*** » (ou « Vous devriez vous offrir une méthode de lecture et consulter rapidement », d’ailleurs : c’est plus élégant dans la forme, mais à part cela…) et uniquement cela, c’est vraiment un dévoiement de valeurs.
    Pardon, j’ai un peu digressé : je reviens, donc, de ton premier lien, celui sur « les pères-la-morale » qu’il faudrait combattre, d’après l’éditeur. Il est intéressant de constater qu’il prenne la défense de la publication de Millet (et de l’absolue liberté d’expression) et ait refusé de publier Le vit de Jésus sous prétexte que ce n’était pas assez courageux bien que l’œuvre fût – d’après lui, je ne l’ai pas lue… – bien écrite . Je traduis ainsi : le scandale (ou le « buzz ») n’aurait pas été assez retentissant, et les ventes en auraient souffert. Mais je ne suis même pas certaine que l’éditeur se rende compte de ce qui l’anime.

    • Pascal Rousse dit :

      Non, je ne crois pas en effet qu’il sache vraiment ce qu’il fait, sinon exploiter un filon sordide (avec lequel il a peut-être quelques affinités) pour exister commercialement. De toutes façon, en général, je crois que ce genre de tendance à l’abject procède d’une faiblesse d’esprit, d’une sorte de fatigue.

  3. Catherine dit :

    Le commentaire précédent était un essai (pas littéraire, hein : un essai technique) et une affirmation sincère à la fois. Je n’ai pas pu laisser mon petit mot sous ton précédent billet. Pas grave, j’y parlais – en parallèle avec les « crêpes Ecce Homo » – de tous ceux qui mangent sur des sets de table et des sous-verre « reproduisant » Van Gogh ou Monet, et vendus dans les musées nationaux. Tout se vend , effectivement.
    J’ajouterais à ton « Tout ce qui n’est pas défendu est permis » que « Tout ce qui est défendu est permis, mais pas à tout le monde ».
    Je ne sais pas ce qu’est la morale, mais je sais ce qu’est l’amoralité.

    • Pascal Rousse dit :

      Absolument ! Difficile en effet de définir la morale, qui est sans-doute soumise à l’histoire tout en étant à chaque fois vécue comme un absolu. Mais, c’est un peu comme la liberté : nous n’en comprenons généralement le sens, surtout existentiel, que lorsqu’elle est menacée ou à travers les conséquences de son absence, comme tu le dis si bien.

      • Catherine dit :

        Comme ici – j’espère – je ne vais pas me ramasser un point Godwin, j’en profite pour définir brièvement ce que j’entends par amoralité : une attitude du genre de celle des industriels qui tirèrent parti des camps nazis, sans idéologie et sans scrupules non plus. Le but premier était de se remplir les coffres. Insensibilité, comme tu disais, et indifférence, utilisation de l’humain comme d’un outil. Je me demande si de telles personnes ne sont pas plus malfaisantes que les idéologues les plus malfaisants. Et les uns comme les autres n’ont pas disparu. Bonne soirée malgré tout.

      • Pascal Rousse dit :

        Chère Catherine,

        Aucun risque de « point Godwin » ici, puisque tu n’utilise pas cette référence dans une polémique où tu te trouverais à court d’arguments pour tenter de flétrir définitivement et vainement ton adversaire (genre « troll » à demeure sur certains sites d’information soi-disant participatifs dont je tairai le nom par pudeur…) !

        Je suis donc bien d’accord avec toi.

        Bonne soirée à toi aussi. 🙂

  4. Catherine dit :

    Merci pour tes deux derniers billets.

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