Bizarre… Bizarre…

Nul besoin d’invoquer un complot (même s’il est possible) pour expliquer l’attentat de Benghazi en Lybie. Il y a une logique à l’œuvre, au sens que lui confère Michel Foucault : un certain rapport entre savoir et pouvoir qui produit un mode de discours, des énoncés et des dispositifs qui ont leur fonctionnement propre. La logique présente, je la nommerais volontiers : capitalisme scientifique pour faire écho au ci-devant socialisme scientifique.

Cette logique met là crûment à nu la continuité et la division du travail entre les droites tantôt « libérales », tantôt « conservatrices » et les extrêmes droites. Celles-là sont plus ou moins en recul dans le monde occidental, et doivent maintenant mettre à jour leur doctrine et leur méthode de gouvernement, de police et de propagande. Pendant ce temps, les extrêmes droites religieuses, populistes ou fascistes font le sale boulot, préparant le terrain pour la suite. L’une des lignes de front privilégiées est la liberté d’expression, qu’il s’agit, semble-t-il, de détruire en la rendant dérisoire. Cette façon de souiller l’idéal est typique de l’extrême droite.

En effet, le jeu pervers de remise en clivage du monde, la complicité des néoconservateurs de tous poils et des « islamistes » de tous acabits dans l’entreprise de se partager le monde par la provocation d’une nouvelle « guerre froide », se déploie sous nos yeux, de New York, le 11 septembre 2001, à Benghazi aujourd’hui, en passant par la Tchétchénie et l’Irak. Le théâtre de cette reconstruction autoritaire du pouvoir militaro-industriel, policier et financier, était naguère réduit à la Palestine. Les résultats probants de cette expérience de laboratoire semblent pouvoir maintenant s’appliquer à l’échelle mondiale, dans une nouvelle phase du spectaculaire intégré, comme l’appelait Guy Debord.

Le caractère foncièrement crapuleux de cette logique de domination, destinée à éradiquer toute capacité de désirer une authentique ouverture démocratique pour une vie meilleure, éclate dans la collision du grotesque et du tragique de l’affaire de Benghazi.

Nous sommes toujours dans le champ de ce que je nommais récemment la banalité de l’outrage, inhérente au syndrome de la bêtise économique. Heureusement, certains savent toujours en rire avec sérieux ! Mais, comme dans tout régime totalitaire, il s’agit alors de convaincre les personnes en bonne santé qu’elles ont toujours vécu dans l’illusion.

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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