Des effets putrides de la colonisation

L’Occident ne cesse de s’effrayer chez les autres de sa propre corruption. Ses fantasmes séculaires de supériorité et d’extermination ne cessent de le hanter à la mesure de ses échecs. La violence techno-scientifique est le secret de sa domination. Elle est le secret de sa condamnation à l’insignifiance destructrice, à la banalité du crime toujours recommencé, au fond sadique de son âme. L’extrême droite est le masque de son atroce inanité.

Encore, Aimé Césaire, mon cher grand oncle dont le sang conflua avec le mien par Suzanne sans qu’il et elle ne le sachent jamais, a trouvé les paroles de vérité hautaine, notre miroir. Solennellement, je le salue et j’honore sa mémoire.

« Tiède petit matin des vertus ancestrales

Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil

ceux qui savent la féminité de la lune au corps d’huile

l’exaltation réconciliée de l’antilope et de l’étoile

ceux dont la survie chemine en la germination de l’herbe !

Eia parfait cercle du monde et close concordance !

Écoutez le monde blanc

horriblement las de son effort immense

ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures

ses raideurs d’acier bleu transperçant la chair mystique

écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites

écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement

Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

Eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé

pour ceux qui n’ont jamais rien exploré

pour ceux qui n’ont jamais rien dompté

Eia pour la joie

Eia pour l’amour

Eia pour la douleur aux pis de larmes réincarnées.« 

Cahier d’un retour au pays natal

Mon arrière grand-mère

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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6 commentaires pour Des effets putrides de la colonisation

  1. Frédéric dit :

    Cher Pascal, vous avez une ascendance bien prestigieuse. Et si je vous entends bien, par les illustrations que vous avez choisies, votre arrière grand-mère a été exposée au jardin zoologique d’acclimatation à Paris en 1892 !!

    Merci pour cet hommage et le poème de votre grand oncle.

    Bien amicalement

    • Pascal Rousse dit :

      Cher Frédéric,

      Merci à vous !

      Je ne crois pas que mon arrière grand-mère, qui était mariée à un « petit blanc », ait subi ce traitement, mais je voulais rappeler par cette affiche que son peuple, qui est donc aussi le mien, l’a subi, en effet, durant le XIXe siècle et le début du XXe (si je ne me trompe).
      J’ai appris tardivement cette ascendance, il y a quelques années en discutant de cette arrière grand-mère avec l’une de mes tantes. J’ai souhaité la dévoiler ici, non pour m’en glorifier, mais pour manifester ma solidarité profonde et intime, complètement charnelle, avec cette part de l’espèce humaine toujours menacée de se voir dénier toute humanité par une « civilisation » qui se croit supérieure aux autres et continue de justifier par là ses crimes. Je suis bien plus fier de mon arrière grand-mère (dont on m’a dit qu’elle n’était pas bien traitée par mon arrière grand-père) que de mon grand oncle, pour qui j’ai cependant la plus grande admiration et que je tiens, avec Edouard Glissant, comme une bénédiction pour la langue, la littérature et l’esprit français. Je les lis beaucoup et de plus en plus.
      Une dernière précision : la photographie que j’ai trouvée sur internet n’est probablement pas exactement celle de mon arrière grand-mère elle même, mais je l’ai tout même désignée ainsi car elle lui ressemble de façon frappante, pas seulement d’un point de vue superficiel, mais aussi par son profond regard. Un membre de ma famille possède une photo originale, mais je n’ai pas encore pu en obtenir une copie. Je trouve la photo que j’ai publiée d’une beauté mélancolique et fascinante, presque hiératique.

  2. sumski bog dit :

    J’ai commandé Le grand camouflage.

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