Le media est le message

Ce que dit ici Pier Paolo Pasolini est sans appel : la soi-disant « société de consommation », et notamment son organe central, la télévision, forment le système d’oppression le plus efficace de l’Histoire.

Ainsi, contre toute apparence, la situation est pire que jamais. La télévision, en effet, demeure l’organe central de ce que Adorno nomme les industries culturelles, dont la seule véritable finalité est la destruction totale de toute culture autonome et de toute création pour contrôler et manipuler les masses.

Ce propos est assez différent de celui de Guy Debord, en ce qu’il est plus sensible, direct et concret. Chez Debord, le discours prime, tandis que ce sont les images qui sont premières chez Pasolini. Mais le diagnostic du cinéaste n’en est pas moins implacable.

Au cours d’une enquête phénoménologique minutieuse, dans La Civilisation des médias, Vilém Flusser fera une distinction utile entre médias en réseaux et médias en faisceaux. Il viendra ainsi confirmer l’évidence du caractère intrinsèquement fasciste de la radio comme de la télévision déjà dénoncé par Pasolini.

Cette caractérisation des médias en faisceaux, qui relativise la distinction proposée par Marshall Mac Luhan entre médias « hot » (radio) et médias « cool » (télévision), pointe l’organisation à sens unique de ce type de communication en général. Le principe en est fondamentalement et irrémédiablement hiérarchique, quels que soient les habillages et les alibis, y compris « culturels » qu’on lui donne (genre Arte ou France Culture : voir, par exemple, l’affaire du film La Commune de Peter Watkins).

Mais, nous le savons, les médias en réseaux n’échappent pas à l’emprise des sociétés de contrôle, via les moyens d’enregistrement et d’analyse des données produites par l’activité des utilisateurs en interaction. Au fond, pour que les réseaux donnent leur plein effet démocratique, il faudrait pouvoir garantir l’inviolabilité du secret des transactions pour tous, et non pour l’État et les puissants (voir l’affaire Wikileaks). Malheureusement pour notre liberté, un certain nombre de menaces, spectaculaires (« terrorisme », pédophilie, « ultragauche », « faits divers », catastrophes et autres épouvantails) mais moins fondamentales, paraissent toujours plus pressantes que l’oppression, qui est moins immédiatement sensible.

Mais il faut surtout faire la part de la peur primale, celle de l’inconnu, donc de l’indéterminé, au regard de laquelle même l’oppression est rassurante. Comment enseigner à l’espèce humaine le goût de l’ouverture absolue ? Il ne faut surtout pas confondre cela avec le goût du risque, qui n’est que le fruit d’un calcul.

S’ouvrir à l’indéterminé, c’est le désir même : s’exposer à l’incalculable absolu. C’est cela le devenir humain.

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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