L’utopie et l’espérance

Tatline, Projet du Monument à la IIIe Internationale, 1919-20

Tatline, Projet du Monument à la IIIe Internationale, 1919-20

Enfin, les ouvrages majeurs d’Ernst Bloch, L’esprit de l’utopie, 1918-23 et Le Principe Espérance, 1938-59 entrent dans ma bibliothèque ! Grand lecteur de Marx, « marxiste hétérodoxe », il est l’aîné mais aussi le contemporain de Bertold Brecht et de Walter Benjamin.

J’ouvre L’esprit de l’utopie, je lis les premières lignes de l’introduction. Ces réflexions, écrites au lendemain même de la première guerre mondiale, sont terribles. Je renonce à les citer ici, car il faut en recevoir le choc en ouvrant soi-même le livre.

Ces mots me parlent, ils nous sont entièrement contemporains. Ainsi, nous continuons de survivre à l’ombre des ruines ensorcelées de la catastrophe, qui n’a pas cessé d’en amonceler de nouvelles. Cette catastrophe continue de laisser prospérer quelques médiocres et des imbéciles, tandis que dépérissent et meurent chaque jour pour eux toutes les jeunesses : assassinat quotidien des possibles au nom de la sécurité de ceux qui ont déjà commis depuis longtemps le suicide de leur part d’intelligence ! Mais laissons ces morts jouir de leur pourriture entre eux.

Anonyme, quelque part à Neuilly ou ailleurs.

Anonyme, quelque part à Neuilly ou ailleurs.

Car il y a une tradition du futur : les traces de l’esprit d’utopie, qui dessinent et ouvrent les chemins de l’immortelle espérance commune à tous les vivants.

Théo van Doesburg, Contre-construction, 1923

Théo van Doesburg, Contre-construction, 1923

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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4 commentaires pour L’utopie et l’espérance

  1. Myriam dit :

    « C’est un combat de chaque jour pour le développement de chacun à l’éternité, à l’immortalité ». D’où l’indispensable nécessité de reconnaître chacun comme un être unique. L’espérance est à la fois individuelle et collective, on est à la fois « avec » et « sans ». Pour, ANZIEU, psychanalyste, « la situation de groupe dans laquelle je ne sais pas qui « ils » sont et ils ne savent pas qui « je » suis est, comme telle, source d’angoisse (…) Qui suis-je ? Voilà la mise en question que la situation de groupe exerce sur chaque membre. Et cette question est pour l’homme la plus difficile à poser et à assumer ». Le travail que j’effectue auprès des familles en thérapie de groupe dans un service de soins, fait ressortir qu’elles se représentent souvent comme des personnes « sans »,…sans lien, sans travail, sans relation sociale… Cumul d’indicateurs à la fois d’ordre matériel, social et affectif qui permet de mesurer la vulnérabilité de ces personnes en errance de « soi », en désespérance face à l' »Autre ». Dans une perpétuelle préoccupation de sens « être » et « d’en être ». Car, comme le dit PLATON, « il faut être pour être quelque part ». Anxiété même de l’homme, dans sa recherche incessante à fondre ce qui lui donne abri contre l’oubli, d’où l’énergie, l’espérance de transmettre sa trace par delà la mort. La notion de temporalité prend ici toute son importance, en effet, cette immortalité equivaut à « être ici » et « être là ». Une offre au possible d’être, voire au possible de liberté.

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  2. Anonyme dit :

    Bonsoir Pascal, cette « immortelle espérance commune à tous » maintient en vie dans les cas de désespérance, permet d’avancer dans les moments de doute, retient à la surface « de la vie » quand tout semble perdu, fait qu’une larme devienne « souffle de vie »… L’espérance, ce sont tous ces mots qui apaisent, tous ces gestes qui soutiennent. Merci Pascal. Heureuse de te retrouver et merci de ton échange sur le bonheur.

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    • Pascal Rousse dit :

      Je suis infiniment heureux, quand je peux porter moi-même cette espérance pour autrui. Oui, si on ne commence pas par là, tout combat plus vaste sera vain. C’est un combat de chaque jour pour le droit de chacun à l’éternité, à l’immortalité.

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      • Myriam dit :

        L’anonymat est un mot que j’emploi rarement. Une erreur de frappe, je n’ai pas eu le temps d’écrire mon prénom, Myriam. A bientôt.

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