La morale de l’histoire

Jenny Holzer & Lady Pink, 1984.

Jenny Holzer & Lady Pink, 1984.

Nietzsche a raison : la morale est l’arme des médiocres.

Les médiocres ne se définissent que par défaut, par leur lâcheté devant la condition humaine et le refuge dans la grégarité sécuritaire. Nul n’est destiné à la médiocrité, chacun est responsable de sa position devant l’existence, par rapport à la situation où il se trouve. À ce sujet, Sartre a dit des mots définitifs, dans « L’existentialisme est un humanisme. ».

L’individu en quête d’une autonomie exigeante, en quête de liberté et de vérité, pour lui et pour autrui, est la source et l’objet constant d’un ressentiment actif. Or, son exigence est son talon d’Achille, car il est aussi cependant un être social. Dès lors, le moindre faux pas peut le déstabiliser.

« Ne pouvoir prendre longtemps au sérieux ni ses ennemis, ni ses échecs, ni même ses propres méfaits — voilà le signe des natures fortes et accomplies auxquelles une surabondance de force plastique permet de se régénérer, de guérir et même d’oublier (…). » écrit Nietzsche dans La généalogie de la morale.

On ne peut évidemment pas confondre cette capacité de résilience avec la grossière impolitesse, l’incivilité et l’inconséquence des médiocres. Ce sont là des symptômes d’hypocrisie. Il ne faut surtout pas croire, en effet, que la morale est aujourd’hui dépassée, sous prétexte que la pornographie et la violence se sont banalisées.

Eisenstein, dessin préparatoire pour le projet de film Glass House (non réalisé), 1930.

Eisenstein, dessin préparatoire pour le projet de film Glass House (non réalisé), 1930.

Car, Nietzsche l’a démontré, la morale n’est rien d’autre que l’extension à toute vie sociale et psychique du principe de la dette. C’est aujourd’hui la figure même du pouvoir, qui est fondé sur la manipulation de la propriété privée et du droit.

Ainsi s’explique que le médiocre puisse se permettre toutes les vilenies s’il ne se reconnaît pas de dette envers l’objet de son ressentiment et plus encore si celui-ci « doit » quelque chose ! C’est le ressort même du pacte contracté avec le Diable, dans Faust de Goethe.

Je parle d’expérience. Mais cette logique s’observe aussi aisément à l’échelle du collectif : ainsi, par exemple, le comportement de l’Allemagne et des institutions européennes vis-à-vis du peuple grec.

Grünewald, La crucifixion, retable d'Issenheim, 1512-1516.

Grünewald, La crucifixion, retable d’Issenheim, 1512-1516.

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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