Le Corbusier, fasciste !

Le Corbusier, La main ouverte, 1954.

Le Corbusier, La main ouverte, 1954.

C’est sur cette révélation que s’acheva un dîner, très agréable au demeurant, passé chez des amis. Mon interlocuteur était-il un maoïste ou un trotskiste en préretraite ? Non, un architecte d’une dizaine d’années plus jeune que moi.

Au détour d’une conversation qui roula sur l’architecture, il commença par reprocher à Le Corbusier son manque de « sensualité », disant lui préférer Alvar Aalto. Nous étions déjà sur un terrain rebattu, depuis les années 1970, au moins… Je citais en réponse, outre mon expérience personnelle du contraire, le cinéaste Johan van der Keuken, contempteur néerlandais de la reconstruction industrialisée d’après-guerre. Il fut pourtant fasciné par la poésie de la cité de Chandigarh, construite sous la direction de Le Corbusier. Il y voyait une autre possibilité de l’architecture moderne, ouverte à la création et à la fantaisie, qui avait été laissée de côté par les décideurs occidentaux. Cette appréciation sensible est corroborée par les travaux de Bruno Vayssière sur le hard french, l’architecture française de la reconstruction. On y apprend que les méthodes de conception et de réalisation en furent élaborées par un groupe d’ingénieurs polytechniciens sous le régime de Vichy, alors que les architectes d’avant-gardes et le groupe des C.I.A.M. ne connurent aucune audience décisive et n’eurent finalement que très peu de commandes.

Le fantasme d’une domination sans partage du modernisme artistique et architectural, qui aurait régné des années 1920 aux années 1960, est une fiction commode pour tout le monde. En réalité, les modernistes n’ont régné que sur certaines revues d’art, quelques salons et beaucoup d’écoles. Quant à la grande masse de la production constructive et urbanistique, y compris de « style moderne », elle leur a complètement échappée depuis le début. Les techniques et méthodes de la production de l’espace « moderne » existent indépendamment de l’avant-garde et procèdent entièrement d’un groupe social sans aucun rapport avec elle, ni avec le monde de la culture en général : il comprend deux branches, la technoscience et la technocratie. Il avance aujourd’hui à visage découvert en Occident, y compris par son mépris pour la culture, à côté duquel le fascisme de papa devient un enfantillage. Les véritables responsables du désastre se servent du leurre de cette fiction, tantôt comme d’une réclame, tantôt comme d’un écran qui fait diversion. Le spectaculaire, c’est cela : une réelle séparation, muée en mirage de l’unité d’une époque — mirage fabriqué par l’indifférenciation des valeurs d’usage sous l’action dissolvante de la valeur d’échange. Cette action destructrice se pare encore d’un plumage révolutionnaire, mais le champ de ruines sans lendemain qu’elle produit affleure à l’évidence.

Le Corbusier,

Le Corbusier, « Le désastre contemporain ou la liberté totale de l’espace ? », illustration légendée pour son article « L’urbanisme », 1946.

Les modernistes, au contraire, étaient évidemment les chevaliers de la valeur d’usage et de toutes les autres valeurs humaines radicales et supérieures qu’elle soutient. Comme l’ancienne chevalerie, comme les derniers samouraïs de Kurosawa, comme les pistoleros héroïques du film Invasión de Hugo Santiago (1969, sur un scénario de Borges), ils ont été balayés par les derniers hommes. Leur témoignage demeure cependant et nourrit le principe espérance.

Le Corbusier, La main ouverte à Chandigarh,

Le Corbusier, La main ouverte à Chandigarh,

Mais, mon interlocuteur reprochait aussi à Le Corbusier le manque de « transcendance » dans son architecture, pour le réduire à la notion d’ « espace minimum », promue par la majorité des modernistes des années 1920. Je convenais qu’il était plutôt rationaliste, en effet, mais qu’il avait néanmoins inventé la notion d’espace indicible et l’avait appliquée dans son architecture.

Marius Gravot (travaille avec l’architecte de 1930 à 1933) Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Pavillon suisse, Cité internationale universitaire, Paris, 1929-1933 Vue de l’extérieur avec automobile de Le Corbusier Voisin - © FLC Paris/ProLitteris

Marius Gravot (travaille avec l’architecte de 1930 à 1933) Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Pavillon suisse, Cité internationale universitaire, Paris, 1929-1933 Vue de l’extérieur avec automobile de Le Corbusier Voisin – © FLC Paris/ProLitteris.

Mais, las ! Je n’avais pas saisi, avec mon incorrigible candeur, qu’un implacable procès, toujours le même, était déjà engagé et devait être encore mené à son terme. J’évoquais la haine pour le grand architecte et artiste, que j’avais connue lors de mes études, en pleine période où, sous couvert de postmodernisme, une réaction « néoclassique » dominait le débat dans les écoles. On allait jusqu’à réhabiliter Albert Speer… Tandis que je félicitais mon interlocuteur de tenir un discours nuancé et plus étayé, il rétorqua que Le Corbusier était un fasciste ! Je ne pus que répondre d’abord « mais non ! » Et je voyais son expression changer, son visage se pétrifier à mesure qu’il déroulait les attendus d’une accusation qui ne laissait aucune place à la défense.

Il ne manque pas de faits connus pour appuyer cette affirmation (voir aussi : http://marcperelman.com/pdf/le-corbusier-once-more.pdf). Mais, là où l’engagement indéniable d’un philosophe tel que Heidegger continue de poser une énigme, examinée avec prudence et circonspection, le simple opportunisme d’un architecte lui est irrémédiablement compté comme une participation absolue. Pourtant, on cherchera en vain dans la pensée de Le Corbusier une adhésion réelle au fascisme, dans ses fondements mêmes et encore moins dans ses conséquences les plus funestes. Pas plus que chez Mies van der Rohe ou Walter Gropius, par exemple, qui participèrent au concours pour l’extension de la banque d’Allemagne, organisé sous le régime nazi en 1933. Car ce type de procès ne s’embarrasse pas du scrupule de commettre le moindre anachronisme, en jugeant de tels faits à l’aune de ce que l’on sait aujourd’hui du fascisme. On connaît aussi l’affaire de la dédicace de Freud à Mussolini : il lui dédicace un exemplaire de Pourquoi la guerre ? en 1933. Il condamne Reich, communiste, mais aussi Jung, très favorable au nazisme… Son pessimisme lui fera trouver des vertus à ce qui lui apparaît comme des régimes autoritaires, capables de canaliser la pulsion de mort. On est encore loin de l’enthousiasme d’un Ernst Jünger !

Par égard pour nos hôtes, je me retiens et demande ce qu’on entend ici par « fascisme ». Il me répond qu’est fasciste celui qui veut obliger autrui à faire ce qu’il veut lui voir faire. Devant tant de rigueur intellectuelle et de profondeur philosophique, je manque de rester sans voix. Si c’est cela, être fasciste, alors le fascisme est parmi nous ! Qui a demandé à naître ? Tout parent, ou presque, a voulu procréer, sans demander son avis à l’enfant. De plus, il ne cesse chaque jour de lui faire faire des choses : c’est fasciste ! L’école est donc fasciste aussi, bien entendu : beaucoup plus, sans doute que de laisser les enfants travailler à l’usine 12 heures par jours. Fasciste, toute loi, puisqu’elle prescrit ce qu’il faut faire et ne pas faire, indépendamment de la volonté des justiciables. Demandez à la mafia ce qu’elle en pense. Fasciste, tout auteur d’un récit ayant un début et une fin, qui oblige le lecteur à suivre cet ordre s’il veut comprendre l’histoire. Je le suis aussi ici, bien entendu, puisque j’écris, outre ma complaisance coupable pour Le Corbusier. Roland Barthes n’affirmait-il pas que le langage même est fasciste ? Le cinéma, surtout, est structurellement fasciste de ce point de vue. Fasciste, n’importe quel réseau de circulation, qui me fait passer par ici et non par là pour arriver quelque part. Mais, fasciste aussi toute architecture, quand elle me contraint de passer par une entrée pour y pénétrer, d’emprunter tel couloir pour arriver à telle pièce, de passer par le salon pour accéder au fumoir et qui ne permet pas que je fasse la cuisine dans les toilettes.

Un exemple d'architecture/urbanisme non fasciste ? : Superstudio, 1970.

Un exemple d’architecture/urbanisme non fasciste ? : Superstudio, 1970.

Mais j’ai néanmoins ravalé toute ironie et tenté d’argumenter sur deux plans. D’abord en critiquant une définition qui conduisait son auteur à amalgamer tout ce qui n’est pas libéral (c’était bien là le sous-entendu) dans une même catégorie. La prévisible identification entre fascisme et communisme ne nous fut pas épargnée. Puis, sur un plan historique, je me risquais timidement à expliquer que le moment des années 1920-30 était celui de la faillite des démocraties et du libéralisme. On était à la recherche d’autres solutions qui mettaient l’État au centre du jeu (comme l’a démontré Karl Polanyi dans La Grande Transformation). En bref, il y avait, soit les social-démocraties, soit les fascismes, ou encore le communisme bolchevique. L’architecture, la méthode et la pensée, notamment urbaine, de Le Corbusier, comme de l’ensemble du modernisme, relèvent de la social-démocratie, ou État-providence, comme l’a démontré l’historien et théoricien de l’architecture et de l’urbanisme Leonardo Benevolo. Ce n’est d’ailleurs qu’en Scandinavie, tout particulièrement en Suède, que des architectes modernistes purent œuvrer de façon significative. Le modernisme est un progressisme. Mais, durant cette période, où la démocratie représentative bourgeoise est complètement discréditée, un individu soucieux de proposer des solutions n’est pas nécessairement en mesure, du moins au début, de faire la différence entre les divers « étatismes » nouveaux et cherche avant tout des moyens de réalisation.

Mon interlocuteur, très conséquent, déclare alors que les social-démocraties sont fascistes… En outre, Le Corbusier et les modernistes seraient coupables d’avoir écarté d’autres solutions et d’autres penseurs comme Patrick Geddes. Mais celui-ci n’a été empêché de rien et, en outre, était essentiellement actif au XIXe siècle. Il est l’auteur, à la fin de sa carrière, du plan directeur de Tel-Aviv, en 1925. Les modernistes pensaient que ce type de planification « organiciste » ou « pittoresque » de la ville, à la manière de Camillo Sitte, ne permettait pas de répondre aux défis de l’industrialisation et du logement social. Aujourd’hui, ces modèles anti-urbains à faible densité font le bonheur de ceux qui conçoivent les cités-jardin Disney ou les « gated cities » de la côte Ouest et d’ailleurs…

Patrick Geddes, Plan directeur pour Tel Aviv, 1925.

Patrick Geddes, Plan directeur pour Tel Aviv, 1925.

Je pense donc que les modernistes avaient entièrement raison, bien qu’ils ne furent alors guère entendus et aient échoué. Le développement des villes et de leurs périphéries prenait déjà un caractère monstrueux depuis le début de la « révolution industrielle ». L’enjeu pour les modernistes est de maîtriser le processus technique et économique et de lui imposer une forme de civilisation : permettre à l’espèce humaine de reprendre son destin en main au lieu de se livrer à des forces aveugles. La séduction qu’exercèrent certaines personnalités fascisantes, dont les « planistes » en France, voire carrément fascistes, sur des esprits comme celui de Le Corbusier, venait de ce qu’elles étaient en avance sur les libéraux désemparés.

On opposera Henri Lefebvre, qui a cherché à démontrer que l’architecture moderne, dans son effort de rationalisation et de production de l’espace, est au contraire l’agent du développement du capitalisme. J’apprécie énormément cette pensée marxiste, d’une dialectique impeccable, mais je cesse de le suivre dès qu’il impute cette captation capitaliste de la rationalité aux architectes modernes et non aux agents économiques eux-mêmes. Cette erreur était dûe à l’apparente collusion entre le modernisme et les forces politiques et sociales de la reconstruction de l’Europe, guerre froide oblige. Mais, en réalité, les paysages industrialisés d’aujourd’hui résultent d’un phénomène typiquement néolibéral d’intégration entre administrations et grandes compagnies, comme les fournisseurs de réseaux et les multinationales de la pétrochimie ou de l’agroalimentaire. Les modernistes ont tenté d’enfoncer le coin d’une culture de civilisation, pour employer la formule d’Edgar Morin, dans ce jeu aveugle de forces économiques, techniques et administratives. Par culture de civilisation, il faut entendre ici la maîtrise harmonique du quantitatif par le qualitatif.

Le Corbusier, schéma du Modulor, 1945.

Le Corbusier, schéma du modulor, 1945.

Les H.B.M. (Habitations à Bon Marché) furent également cités dans la conversation comme des exemples d’architecture respectueuse de la volonté des habitants. Visitons des appartements d’H.B.M., à Paris : cuisines minuscules, mal agencées, espaces étroits et mal éclairés, sur le même modèle symétrique de l’habitation bourgeoise du XIXe siècle, mais proportionnel en qualité et en quantité à son… « bon marché » ! Les bâtiments sont tous conçus sur le même modèle, sans aucune consultation des habitants : construction en béton à remplissage de briques, sur cour intérieure et distribution verticale des appartements. Voilà un dispositif bien conçu pour éviter les contacts à l’intérieur et faciliter au concierge la surveillance par la cour des allées et venues de chacun. Est-ce que ça ne serait pas un peu… fasciste ? Paternaliste, à tout le moins.

H.B.M., Paris, XIIIe arrondissement.

H.B.M., Paris, XIIIe arrondissement.

À mes yeux, la « faute » d’un Le Corbusier, ou d’un Mies van der Rohe, résiderait plutôt dans leur idéalisme métaphysique, au reste sincère. Pour eux, la vertu intrinsèque de leur art transcende l’idéologie du commanditaire, de même que les grandes architectures du passé qui demeurent nous inspirent maintenant pour elles-mêmes, par-delà les circonstances de leur construction. C’est un mouvement dialectique : l’architecture soumet l’ordre temporel qu’elle semble avoir servi à une mise en trace qui le dépasse tout en l’intégrant, pour en ouvrir l’universalité possible à la complexité du symbolique : transcendance du monumental et non seulement forteresse de la présence. Mais ce mouvement de transfiguration par la trace advient malgré le pouvoir et non grâce à lui.

D’ailleurs, la volonté de rompre avec l’idéalisme n’immunisa guère les contemporains contre l’erreur. Or, cet idéalisme procédait d’une pensée utopique, délibérément lancée avec violence face à la médiocrité du temps, celle d’une culture bourgeoise morbide, des petits intérêts privés hétéroclites des employés comme des bourgeois constamment opposés à tout changement, objectivée par l’académisme pompier et les lotissements pavillonnaires. Les cloportes de Flaubert, en somme. Aux yeux de beaucoup d’esprits impatients de ce temps, non des moindres, tout valait mieux que cette stagnation moisie et ce romantisme chlorotique. Le pathos dont on enrobe aujourd’hui les rares éclairs de lucidité d’un Walter Benjamin ne fait guère que masquer l’impuissance actuelle à penser les contradiction, les déchirements et les impasses auxquels il dut lui-même faire face, y compris intérieurement.

Même Robert Musil fut invoqué ! Je me demandais ce que cet écrivain que je vénère profondément, intimement, venait faire dans cette galère. Quel rapport pouvait-il avoir avec cette discussion ? Voir un esprit d’une telle intelligence enrôlé dans un procès aussi mesquin me faisait de la peine. Scientifique de formation, ce délicat poète de l’impossible n’était nullement un anti-moderne. Esprit frère de Wittgenstein et de Kafka, il observait avec scepticisme comment la raison se débattait dans un milieu où l’irrationnel commençait à proliférer de façon incontrôlable, comme une métastase. Mais je me consolais en me souvenant qu’il a aussi écrit ce merveilleux petit traité : De la bêtise.

Ce qui me frappe toujours dans ces discussions, c’est que la haine à l’égard de Le Corbusier, qui s’étend souvent à l’ensemble de la profession, précède les faits qui sont venus la conforter. On ne fera jamais autant de cas de tentations de même nature de la part, par exemple, d’un Chris Marker, ou de ce que de grandes figures du néoréalisme italien, dont Rossellini, commencèrent leur carrière sous Mussolini et se prêtèrent à la propagande, avant de donner des leçons de morale cinématographique… Le cas de Speer est sans ambiguïté, au contraire, et le style de son architecture est pleinement fasciste. Il l’est aussi métaphysiquement, en cela qu’on ne peut douter de son incapacité à enchaîner sur la dialectique de la trace : cette architecture est irrémédiablement enfermée en son temps, par son refus même du temps, comme l’a démontré Philippe Sers dans Totalitarisme et avant-garde.

Albert Speer, Zeppelinfeld, 1938.

Albert Speer, Zeppelinfeld, 1938.

Chez Le Corbusier et des modernistes, en revanche, la complexité l’emporte indéniablement. La richesse artistique, symbolique et philosophique de leurs œuvres est inépuisable et ne cesse de parler à l’esprit, aujourd’hui encore et toujours, quoi qu’en disent les tenants d’autres esthétiques anti-modernes qui cherchent à s’imposer par cette chasse aux sorcières. J’ai aussi bien connu le même genre de procès, mais en stalinisme cette fois, à l’égard d’Eisenstein. Et, croiriez-vous que, devant la Cité radieuse on éprouve une irrésistible envie de marcher au pas de l’oie ? Saviez-vous que Michel-Ange était un affreux papiste et la Sixtine, une affiche destinée à vous donner envie de brûler les hérétiques ou d’aller exterminer les païens ? Sentez-vous toute cette « violence asiatique » (sic) qui vous pénètre en voyant Octobre ou Le Cuirassé Potemkine, que vous brûlez vous-même de retourner contre le premier conformiste venu ?

Si l’on veut néanmoins ouvrir une critique sérieuse du modernisme, ce n’est plus à la compilation historique de quelques sales petits secrets, pas plus qu’à une paraphrase médiocre de Heidegger ou à un marxisme mécanisé qu’il faudra recourir. Des pont-aux-ânes d’essayistes s’essayant à la philosophie, tels que l’assimilation de la totalité organique, ou de l’œuvre d’art totale, au totalitarisme, ne convaincront que les demi-habiles, courant les conférences pour écouter leurs semblables « réfléchir » à leur place. Mais la déconstruction des présupposés antiques de la métaphysique occidentale, selon Jacques Derrida, tels qu’ils se rendent présent en l’architecture et selon une guise particulière dans l’architecture moderne, est un travail qui commence à peine. Or, il va de soi qu’une telle critique, libre de tout ressentiment, requiert un tout autre sérieux et une toute autre gravité, visant à prendre la mesure de la grandeur de son objet. L’enjeu de vérité s’impose philosophiquement, en effet, qui dépasse incommensurablement les procès en sorcellerie idéologique, mais aussi les querelles d’autorité et de disciplines universitaires. Quittons ces lieux voués à l’accaparement des restes du mouvement de la pensée, à la dispersion interminable de l’intelligence, pour créer les voies et les stations ouvertes au Nouveau !

Le Corbusier, Palais de l'Assemblée de Chandigarh.

Le Corbusier, Palais de l’Assemblée de Chandigarh.

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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9 commentaires pour Le Corbusier, fasciste !

  1. petit dit :

    De KWA de KWA ! ! !

    Ernst Junger fascisant ?
    Relire son oeuvre, sans à priori.

    Commencer Arno Schmidt SEULEMENT ensuite.

    Olivier PETIT.

    • Pascal Rousse dit :

      Rassurez-vous et relisez ce que j’ai écrit : rien de cela ici…

      • Olivier PETIT dit :

        Bonjour Pascal, merci pour ce commentaire de votre soirée.

        J’aurais été mal en peine de converser calmement,
        voire je me serais bêtement emporté.

        Avez vous aussi des articles sur Terragni et Speer,
        que j’apprécie tout autant,
        quelques soient leur « compromissions » ?

        C’est vraiment agréable de vous lire,

        Bonne journée Pascal,

        Olivier PETIT.

      • Pascal Rousse dit :

        Bonjour Olivier, merci ! Je n’ai, pour le moment rien écrit sur ces deux architectes, très différents l’un de l’autre, à mon avis…

  2. Nous sommes tous des « Corbusier » qui s’ignorent… A la lumière de ce récit, je devrais plutôt dire cette « joute », « I saw the light »…Moi, le prolo, ne pouvant accéder à la propriété, pour des raisons de crédit, que par le biais des Maisons Phénix, et donc me voyant imposer une structure extérieure pré-construite, j’ai pu ré-interpréter l’intérieur de la maison de ma propre initiative. J’ai détourné ce que l’on voulait m’imposer et ai recréé un nouvel espace plus rationnel mais restant convivial !…
    On peut toujours ré-interpréter, améliorer ou détourner ce que l’on veut nous imposer …
    Et Le Corbusier le faisait très bien !… à mon humble avis…

  3. Pascal Rousse dit :

    Bonjour « krisvitti ».

    « objet détaché de tout obstacle » : je ne suis pas d’accord. Le Corbusier était très sensible à la topographie et même au « genius loci » : c’est l’évidence, à voir sur place aussi bien ses réalisations que ses projets, y compris urbains, comme Alger par exemple… Le plan Voisin ou la ville contemporaine de 3 millions d’habitants sont conçus comme des icônes démonstratives, mais aussi comme des provocations. Elles sont un peu, au reste de son oeuvre, comme « l’urinoir » de Duchamp à la sienne…

    Quand Le Corbusier conçoit ses immeubles sur pilotis, il s’agit de libérer LE sol et non de se libérer DU sol.

    Rien à voir avec la solution du lotissement pavillonnaire. Le Corbusier, comme tous les autres modernistes, y compris Perret, cherche à résoudre le problème de la densité urbaine et de la libération du sol. Il s’agit notamment de maîtriser l’urbanisation chaotique imposée par l’industrialisation et l’exode rural qui lui est lié, qui produit une extension indéfinie et ruineuse de l’espace urbain.
    Dans le pavillonnaire, l’illusion de l’objet insulaire n’est pas celle de l’architecte (rappelons tout de même que la quasi totalité de la production des lotissements, en France ou ailleurs, est produit par des compagnies de l’immobilier ou/et du BTP, pas par des architectes), mais bien de l’habitant.
    Cela implique, de plus, la propriété privée et le blocage d’espaces qui, auparavant, pouvaient être parcourus généralement par des chemins, voire à travers champs…
    La logique de la Cité radieuse est, au contraire, celle d’une gestion publique des sols et de leur mise à disposition publique maximale, plus pour les loisirs que pour la circulation automobile, qui devait avoir lieu en hauteur, autant que possible.

    Le Corbusier peut tout à fait se rattacher à Descartes, ce qui est très bien, car Descartes n’est pas un épouvantail, mais un grand philosophe. Il y a en effet, une teneur philosophique authentique dans la pensée de Le Corbusier (encore faut-il savoir l’interpréter), caractéristique des grands modernistes de ce temps.
    La table rase, devenue l’attribut d’un certain nombre de croquemitaines, agités par de vieilles marâtres pour faire peur aux marmots, n’est pourtant pas si éloignée de la méthode inventée au même moment par les grands héritiers de Descartes, les phénoménologues : la suspension du donné et du jugement sur celui-ci.
    La table rase est un « comme si », une méthode. Cela nous manque beaucoup aujourd’hui.
    Ensuite, quand on regarde avec attention comment Le Corbusier travaille, on s’aperçoit qu’il est bien plus sensible à la complexité du réel que la plupart d’entre nous.

  4. krisvitti dit :

    L’architecture de Le Corbusier, c’est un objet détaché de tout obstacle pour y accéder par les moyens du transport mécanisé. En celà, Le Corbusier est un envahisseur. Quand au qualificatif de « fasciste », c’est une façon de parler, trés relâchée. Mais comme pour les transports, il faut faire vite. C’est la Loi !
    L’objet insulaire est le rêve de nombre d’architectes.En celà, l’architecte rejoint la logique du pavillon: ce dernier, est aussi et avant tout, insulaire. Il trône au milieu de nul part. Il est le produit d’une table rase, et un enfant de Descartes ..

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