Steeve Mac Queen

Steve Mac Queen, Hunger, 2008

Steve Mac Queen est un artiste vidéo britannique. Il n’est pas un cinéaste professionnel, bien qu’il ait fait des études de cinéma aux Etats-Unis, dans une école d’art ; interroger les modes de représentation cinématographiques est le fil conducteur de sa démarche d’artiste. Ce film met en scène la confrontation, en 1981, entre les républicains combattants irlandais de l’IRA et les forces de répression de l’État britannique, dirigé par le gouvernement de Margareth Tatcher. Le huis clos du « quartier H » de la prison de Long Kesh, dite the Maze, située sur les terrains de la Royal Air Force à 14 km de Belfast, permet une dramatisation radicale de l’impossible dialogue entre les policiers britanniques et les nationalistes catholiques irlandais dont le statut politique de combattants est dénié par l’autorité occupante (aboli depuis 1976). Ce blocage, que l’on peut considérer comme un déni de justice, renforcé par l’échec d’une tentative de compromis initiée par les détenus républicains, conduit 75 d’entre eux, emmenés par Robert « Bobby » Sands à engager une grève de la faim par relais en cas de mort. Bobby Sands, le premier, mourra au bout de 66 jours. Le film condense l’événement en deux parties : d’abord une présentation très éprouvante de la situation de violence extrême qui prévaut dans ce « quartier de haute sécurité » après plus de quatre ans de grève de l’hygiène décidée par les Irlandais en réponse à la suppression de leur statut de prisonniers politiques et, ensuite, le commencement de la grève de la faim et l’agonie de Bobby Sands. Le contraste de cette seconde partie avec la première est marqué par le changement de rythme, la lumière et la propreté du secteur médical où Bobby Sands est traité avec une charité d’une délicatesse extrême par le médecin, avec des gestes exactement tels que Tadeusz Kantor les recommande à l’égard de Meyerhold dans Wielopole Wielopole : « comme le Christ ». De nombreux plans montrant les escarres sur la peau de Bobby Sands, les traces qu’elles laissent sur les draps, rappellent d’ailleurs sans équivoque les stigmates de la flagellation du Christ et le Saint Suaire. Le point de basculement du film entre ces deux parties est, au milieu du film, la conversation de Bobby Sands avec son curé lorsqu’il lui annonce la décision irrévocable de la grève de la faim. Un moment suspendu, construit cependant comme une véritable controverse pro et contra, mais dont l’enjeu est la mise à l’épreuve, non seulement de la détermination du héros, mais aussi et surtout de la pureté de son intention, ce qui pose donc en creux, à son sujet, la question de l’authenticité du martyre au nom de la justice.

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