Brancusi

Brancusi, Monument aux morts de Târgu Jiu, Roumanie, 1930 :

Cet ensemble monumental, construit sur un axe, dans un parc, se compose de trois pièces : La Table du silence (1930 ?),  La Porte du Baiser (1930 ?) et La Colonne sans fin (1918-38).

On sait que Brancusi voyait la forme à même le bloc de bois ou de pierre. Il visait ainsi, dans le travail de la taille directe, à « révéler l’essence cosmique de la matière » par le dévoilement de formes en un certain sens archétypales. La résistance du matériau à l’action et à l’outil du sculpteur devient alors une véritable occasion de rencontrer un certain mode de l’altérité. Tel est le sens de la sculpture inaugurale de l’ensemble de l’œuvre de l’artiste : Le Baiser (1923-25), qui deviendra un élément central de l’ensemble de Târgu Jiu. La Table du silence est composée d’une grande table en pierre massive entourée de douze tabourets identiques, également en pierre, en forme de clepsydre. La table rappelle celle que l’on peut voir au centre de l’atelier de l’artiste : elle y jouait un rôle structurant, central dans l’espace, à la fois comme lieu de l’accueil et comme plan de référence des autres sculptures. Le nombre et la forme des tabourets évoque, sur différents plans de signification, la rencontre de l’espace et du temps, du cosmos et de l’histoire : le zodiaque, les mois de l’année, mais aussi les apôtres. En outre, par leur forme, les tabourets sont dérivés des socles d’autres sculptures, introduisant et intégrant ceux qui viendraient s’y asseoir au caractère monumental et sacré de l’ensemble. La Colonne sans fin se réfère au symbolisme des maisons paysannes de Roumanie au milieu desquelles Brancusi a grandi. Élément architectonique, elle représente l’axe du monde (axis mundi) reliant la terre et le ciel, matérialisant le moyeu de la rotation de l’univers sur lui-même. Brancusi y voyait surtout un soutien de « l’arche du firmament ».

L’ensemble suit une progression vers la verticalité, de La Table du silence, en passant par La Porte du Baiser jusqu’à La Colonne sans fin. La verticalité ascendante est le mouvement principal qui anime l’ensemble de l’œuvre de Brancusi. Il entre en résonance avec un principe de transformation-transmutation de la matière transfigurant la réalité spatiale. Ces formes se rapportent à des modes élémentaires de l’être : le mouvement hors du sol (vol, nage, ascension), l’équilibre et la rencontre. Chaque forme n’est pas une totalité close sur elle même mais l’expression d’un mode de relation entre les éléments du cosmos. C’est pourquoi l’atelier de l’artiste devint la matrice de sa conception de l’espace comme l’élément de la relation entre les pièces qu’il nomme « groupes mobiles », en constante transformation autour de la table ronde centrale. D’où le rôle capital de l’enregistrement photographique à chaque stade d’une véritable méditation sur la composition dans l’espace. C’est là la source de la conception monumentale du sculpteur.

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