Bill Viola

Bill Viola, Chambre pour st Jean de la Croix, 1983 (Room for St. John of the Cross) :

Installation vidéo dont le dispositif repose sur des jeux d’emboîtement d’espaces et de basculement du dedans et du dehors, propices à témoigner des structures de l’expérience mystique ; la chambre est représentée par une boîte noire au milieu de l’espace d’exposition, éclairée de l’intérieur d’une lumière dorée, comportant une ouverture comme la fenêtre d’une cellule sans porte, rappelant la réclusion imposée au saint par les autorités pendant neuf mois, en 1577. De l’intérieur de cette boîte, on entend faiblement une voix, comme venue des profondeurs, récitant des poèmes en espagnol. On peut y voir aussi une table et une chaise en bois. Sur la table, sont posés une cruche en métal, un verre et un moniteur vidéo, sur l’écran duquel apparaît un paysage de prairie herbeuse couronnée d’une montagne lointaine avec ses neiges éternelles.

Si l’on regarde attentivement cette image on comprend qu’il s’agit d’un plan fixe (et non d’un arrêt sur image) car on peut voir l’herbe bouger légèrement sous une brise à peine perceptible. Il s’agit d’un plan extrait d’une œuvre plus ancienne L’Ancien des jours (Ancient of Days, 1979). À l’extérieur de la boîte, sur le mur du fond de l’espace d’exposition, sont projetés des plans pris cette fois sur une montagne sous un vent violent enregistré en prise directe et dont l’effet est accentué par de brusques sursauts de la caméra. Ces prises de vue sont projetées en grande dimension à l’échelle du mur, de telle sorte que la « cellule » apparaît dehors tout en se trouvant à l’intérieur de l’espace de l’exposition. De plus, le plan fixe et calme de la montagne à l’intérieur de la cellule, comme les plans mouvementés de montagne projetés au mur peuvent être interprétés comme des états intérieurs contrastés du saint devant un même objet, surtout pour qui a lu ses poèmes. Enfin, la brise légère fait allusion à Elie, saint patron des carmélites, dans 1 Rois 19, 12, lorsqu’il rencontre Yahwé sur la montagne de l’Horeb.

L’enjeu de cette installation se situe dans la position du regardeur et l’attitude qu’il peut adopter par rapport à la tension entre ces deux espaces. Ceux-ci, le lieu de l’exposition et la « cellule » sont emboîtés l’un dans l’autre de façon double et réversible, par l’espace et par l’image. La « cellule » est contenue dans l’espace et y présente un autre espace. Mais, si l’on associe les deux images de la montagne, alors celle-ci apparaît de même contenue dans l’espace intérieur de la cellule. Sur le plan d’une « psychologie » de la mystique, en outre, l’intérieur de la cellule apparaît comme une extériorisation de l’état intérieur du saint. Nous sommes donc confrontés à un jeu de basculements à plusieurs niveaux et il appartient au regardeur de les faire jouer ensemble pour entrer dans la méditation proposée par l’artiste. La stabilité du partage entre ce qui est intérieur et extérieur, grand et petit, est subvertie. Nous sommes alors invités à entrer dans l’enseignement de l’expérience de saint Jean de la Croix, de l’enfermement à la liberté intérieure. À travers la « Nuit obscure », une nouvelle perception de la « présence » de Dieu est donnée.

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