Charles Simonds

Charles Simonds, Dehors/dedans, 1974 (Outside/inside) :

La démarche de Charles Simonds combine l’art corporel, le land art et l’installation in situ dans une certaine radicalité. Une performance filmée par Rudy Burckhardt, Body ↔ Earth (1974), le montre couché nu dans un gisement naturel de glaise, s’enduisant entièrement le corps jusqu’à se confondre avec la terre. Une autre, également filmée par Rudy Burckhardt, Landscape ↔ Body ↔ Dwelling (1973), dans un site similaire, le montre appliquant à même son corps des constructions miniatures du même genre que Dehors/dedans. Celles-ci sont des maquettes de sites d’habitation. L’artiste explique qu’elles appartiennent à un « petit peuple » (little people) n’ayant d’autre choix que de coloniser certains espaces intersticiels de la ville. Ces sites construits, véritables petits mondes, sont laissés là, livrés aux intempéries ou aux destructions causées par les autres humains.

L’artiste flâne dans les quartiers populaires et pauvres de la métropole américaine. Dans la brèche d’un mur de briques, sur le rebord d’une fenêtre rarement ouverte, au bord abîmé d’un trottoir au ras de la chaussée ou sur un tas de gravats restant de la destruction d’un bâtiment, Charles Simonds appose une couche irrégulière de glaise à modeler qu’il saupoudre ensuite de sable, de poussière. Puis, à l’aide d’une pincette, il pose des minuscules parpaings de terre formant des sortes de hameaux, de villages plus ou moins achevés ou paraissant ruinés (voir les films Dwellings, 1972, réalisé par David Troy, et Dwellings Winter, 1974, réalisé par Rudy Burckhardt). L’œuvre intitulée Dehors/dedans est assez exemplaire : répartie de part et d’autre d’une vitrine de magasin d’un quartier hispanique de New York (comme la plupart de ses autres interventions de même nature). La moitié exposée au dehors se dégrade, tandis que la partie abritée reste intacte.

Ces constructions présentent la facture archéologique d’une civilisation précolombienne imaginaire disparue, mais fortement inspirée de l’architecture des indiens d’Amérique pueblo. Ce qui engage une réflexion complexe mettant en relation comparable les statuts ambigus de l’artiste comme individu « non fonctionnel » et des indiens d’Amérique comme communauté survivante d’un génocide et d’un monde irrémédiablement disparu : étrangers à l’ordre établi de l’avoir, ils ne survivent pourtant qu’à l’abri des failles de l’« enfer climatisé » du capitalisme néolibéral tout en lui résistant par leur différence irréductible et leur intériorité, c’est-à-dire par leur être même.

5 commentaires pour Charles Simonds

  1. jp martinot dit :

    Plutôt que « ringard »,disons qu’en 70-74, un pouvoir culturel a pris place autour d’idées
    comme  » la révolution », les « avant-gardes ». Les manifestes se succédaient, chaque
    manifeste dénonçant le précédent.
    La dénonce est quelque chose de très intéressant à observer chez ceux qui parlent constamment de révolution..L’impuissance à annoncer, et d’abord, à cesser toute dénonce du type.., le capitalisme, le génocide.., ne fait qu’effacer la question du jour, comme ;: que devient la
    ville quand elle est soumise au transport ? Alain Cambier ouvre très bien à cette question « dans
    son livre  » qu’est-ce-que la ville ».
    .

  2. Pascal Rousse dit :

    Personnellement, à « ringard » j’opposerais « à la mode » ou « tendance », bien que je n’utilise jamais ce genre de termes. Les avant-gardes sont celles qui ouvrent des voies, mais ce qu’elles ont découvert ou inventé demeure. C’est la dynamique de progrès de la modernité. « Ringard », etc., cela relève d’un vocabulaire trop vague pour la pensée. L’oeuvre de Charles Simonds est de celles qui demeurent.

  3. jp martinot dit :

    1974 : ce qui était d’avant-garde le matin, était ringard l’après-midi.
    Après 1975, et l’art et la ville ont changé : les transports..
    Le Graph est apparu dans les nouveaux interstices.

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