notices biographiques

Vito Acconci : 1940, New York ; sculpteur américain, écrivain et artiste de performance ; art conceptuel, body art, environnements ; depuis les années 90 du XXe siècle environ, il développe des projets de sculptures environnements dans l’espace public (rue, parcs, bâtiments, lieux de loisirs) convoquant des emblèmes civiques dans des dispositifs destinés à favoriser la relation et le sens de la communauté.

Chantal Ackerman : 1950, Bruxelles ; cinéaste belge, vivant à Paris ; d’origine juive polonaise, ses grands-parents et sa mère ont été déportés à Auschwitz, sa mère a survécu et son angoisse mémorielle est la principale source d’inspiration de la cinéaste ; à partir des années 90, elle réalise des installations vidéo à partir de certains de ses films.

Laurie Anderson : 1947, Chicago ; artiste américaine multimédia et violoniste ; performance, concerts de musique rock et électronique scénographiés (synthèse des arts), disques, édition de livres et art numérique.

Art & Language : collectif d’artistes anglais fondé dans les années 70 du XXe siècle par Terry Atkinson et Michael Baldwin ; art conceptuel et champ social, cartographie des signes et discours ; ce groupe a particulièrement mis en relief les possibilités du langage verbal considéré comme matériau artistique, opération qui prend un tour franchement ironique lorsqu’elle est appliquée à la rhétorique des discours institutionnels sur l’art.

Jean-Michel Basquiat : 1960, New York ; peintre graffitiste américain, né d’un père haïtien et d’une mère portoricaine ; passe du graffiti urbain « sauvage » à la peinture dans les années 80 du XXe siècle ; rencontre et collaborations avec Andy Warhol.

Bernd & Hilla Becher : 1931, Siegen (Bernd) et 1934, Postdam (Hilla) ; photographes allemands ; à partir de 1959, ils travaillent ensemble et conçoivent un classement systématique des types d’architectures industrielles des XIXe et XXe siècles dans des séries de photographies élaborées selon des critères et des procédures rigoureux, une démarche qui préfigure l’art conceptuel et ouvre la voie au « tournant artistique » de la photographie.

Samuel Beckett : 1906, Dublin-1989, Paris ; écrivain, poète et dramaturge d’expression anglaise et française ; notamment l’auteur de Film, 1965, 30 mn, un film expérimental avec Buster Keaton, fruit de ses réflexions sur le montage, après avoir tenté sans succès d’entrer en contact avec Eisenstein en 1935.

Joseph Beuys : 1921, Clèves-1986, Düsseldorf ; sculpteur et dessinateur allemand, il se tournera vers la réalisation d’actions, d’installations et d’environnements ; il réalisera également des multiples dans une reprise de l’idée de Marcel Duchamp de réconcilier l’art et le peuple ; pilote de guerre dans la Wermacht, il s’écrase en Asie et est recueilli et soigné par des Tatars à l’aide de feutre et de graisse, lesquels deviendront les matériaux constitutifs de son œuvre et cet événement sa principale source d’inspiration ; il poursuit l’utopie de réunir l’art et la vie à travers l’intégration de ses activités pédagogiques et politiques (participation à la fondation des verts allemands, les Grünen) à sa démarche artistique.

Stan Brakhage : 1933, Kansas City-2003, Victoria (Canada) ; cinéaste expérimental et théoricien américain faisant constamment référence dans les avant-gardes contemporaines, notamment pour son travail sur la couleur à même la pellicule.

Marcel Broodthaers : 1924, Bruxelles-1976, Cologne ; poète, critique d’art et artiste belge, proche du Groupe surréaliste-révolutionnaire ; il reprend la pratique des objets surréalistes ; il fonde en 1968 un Musée fictif, le « Musée d’Art moderne, département des Aigles », réflexion ironique et critique proche de l’art conceptuel sur l’art, ses théories et ses institutions.

Daniel Buren : 1938, Boulogne sur Seine ; peintre français, fondateur en 1965 du groupe BMPT (avec Mosset, Parmentier et Toroni) destiné à la remise en cause des relations entre le statut d’auteur de l’artiste (critique « structuraliste » dans l’esprit de Barthes et Foucault), l’institution et le marché ; à partir de la réduction du signe pictural à des bandes alternativement blanches et colorées de largeur constante, mécaniquement reproductibles, l’artiste déploie un mode d’intervention in situ, aussi bien dans l’espace urbain que muséal et d’exposition temporaire, afin de produire une forme de « phénoménologie artistique » en acte de l’espace d’exposition et de la perception esthétique ; sa démarche est ainsi voisine des arts conceptuel et minimal.

John Cage : 1912-1992, Los Angeles ; compositeur américain ; dès 1950, il détourne des instruments parfois insolites de leur fonction première, y compris des ordinateurs et des bandes magnétiques, intégrant le hasard et les bruits quotidiens ; la mise en scène et la rencontre avec les autres arts sont également constitutifs de sa démarche, notamment dans la collaboration avec Rob Rauschenberg et Merce Cunningham (ils se rencontrent au Black Mountain Collège) ; cela les conduira à mettre au point l’event, une nouvelle conception de la rencontre entre les arts dans la synthèse scénique, ouvrant la voie à des procédures typiques de l’art contemporain, en tant que dépassement du système des beaux-arts, telles que le happening, l’action et la performance ; il est l’un des initiateurs de l’art conceptuel et participera aux activités du Groupe Fluxus ; enfin, il fut le disciple du maître Zen Daisetz Teitaro Suzuki, ce qui joua un rôle considérable dans sa redéfinition des principes Dada du hasard, de la rencontre entre art et non-art, art et vie.

Alexander Calder : 1898, Philadelphie-1976, New York ; sculpteur américain, il introduit le mouvement naturel (vent, vibrations) et l’équilibre instable dans la sculpture moderne, dans une synthèse de Dada et du constructivisme ; Le Cirque, 1926-31, est une miniaturisation ironique d’un thème privilégié de l’art moderne (Seurat, Picasso, Meyerhold, Eisenstein…) et de la synthèse des arts, qui se prête très bien à la composition cinématographique : il sera filmé par Hans Richter pour une séquence de Rêves à vendre et l’objet d’un court métrage de Carlos Vilardebo, Le Cirque de Calder, 1961, 30 mn, avec des commentaires de Calder sur une musique de Pierre Henry.

Peter Campus : 1937, New York ; artiste vidéo américain ; pionnier de l’installation vidéo, il sera le maître de Bill Viola.

Guy Ernest Debord : 1931, Paris-1994, Bellevue-la-Montagne ; écrivain, poète, essayiste, cinéaste et révolutionnaire français ; surtout connu pour la création du système conceptuel de société du spectacle, de spectaculaire et de séparation, il a également forgé des concepts artistiques (dans la lignée du surréalisme révolutionnaire français et des mouvements post-surréalistes Cobra, le Lettrisme, le Bauhaus imaginiste) tels que : dérive, situation, construction de situation, détournement, psychogéographie devant aboutir à une nouvelle conception du temps et de l’espace social.

Robert Filliou : 1926, Sauve-1987, Les Eyzies ; artiste et poète français dont les poèmes, les objets, les performances et les actions visent une création permanente où l’activité artistique se définit par le jeu et par la pensée ; sa démarche artistique est animée par une préoccupation existentielle unissant poésie, éthique et spiritualité ; il sera un membre important du Groupe Fluxus dont il contribuera à définir les enjeux, en compagnie de Georges Brecht et de Joseph Beuys ; le Poïpoïdrome créé pour des artistes tchèques est une synthèse de sa pensée artistique dans l’esprit de la pensée de l’utopie ; en 1943, il participe à la Résistance et passe de longs séjours en Extrême-Orient où il s’initie au Bouddhisme Zen, finissant sa vie dans un cloître bouddhiste en Dordogne.

Peter Fischli & David Weiss : 1952, Zurich (Peter) et 1946, Zurich (David) ; artistes suisses, ils créent ensemble depuis 1979 un art multimédia, où l’installation, la photographie et la vidéo ont la plus grande part ; leur démarche consiste à croiser art et science en transposant dans l’art certaines procédures scientifiques, telles que la constitution de collections typologiques, l’analyse expérimentale des processus physiques et chimiques et l’histoire naturelle, l’humour et l’ironie jouant un rôle important dans cette rencontre ; des vidéos de long métrage ajoutent à cela un mode enfantin de mise en récit initiatique des mythes romantiques suisses de la nature et du paysage.

Dan Flavin : 1933, New York-1996, Rivehead ; artiste américain autodidacte ; la découverte de la lumière comme matériau artistique en l’espèce de tubes de néon standard de différentes couleurs, vers 1962-63, fait de lui un pionnier de l’art minimal et de l’installation ; à travers ses Monuments à Tatline, véritable hommage au père du constructivisme, il rattache explicitement son œuvre aux principes de l’utopie et de la synthèse des arts dans l’art de gauche.

Lucio Fontana : 1899, Rosario (Argentine)-1968, Comabbio ; peintre et sculpteur italien ; artiste clé du passage de témoin entre avant-garde radicale et avant-gardes contemporaines, il sera membre en particulier du Groupe abstraction-création dans les années 30 du XXe siècle ; il crée l’idée de spatialisme et est l’un des pionniers de l’utilisation du néon, donc de la lumière comme matériau artistique et de la pratique de l’installation ; sa contribution à l’art contemporain tient dans l’invention de la notion de concept spatial destinée à unifier la peinture, la sculpture et l’installation.

Fred Forest : 1933, Mouaskar (Algérie) ; artiste vidéo français ; pionnier de l’art vidéo qu’il pratique dès 1967, il développe une pratique multimédia intégrant tous les supports électroniques ainsi qu’une activité de théoricien de ces nouvelles pratiques et de leurs enjeux aussi bien artistiques qu’anthropologiques et politiques dans une pensée de l’époque des réseaux mondialisés de communication en résonance avec des philosophes de la technique tels que Vilém Flusser et Mario Costa ; cette activité de définition d’une conception élargie de l’art le conduit à une critique aussi bien théorique que pratique des limites institutionnelles et notamment juridiques imposées à la pratique comme à la définition de l’art.

Richard Buckminster Fuller : 1895, Milton Massachussets-1983, Los Angeles ; architecte, inventeur et écrivain américain ; outre son apport considérable à l’architecture moderne et à la pensée de l’espace habité, Fuller peut être considéré comme un héritier et un transmetteur de l’idéal du Bauhaus, c’est-à-dire de la pensée de l’utopie ; mais il joua également un rôle auprès des artistes, à la charnière des deux moitiés du XXe siècle, tout particulièrement par sa participation aux activités du Black Moutain Collège, auprès de Cage, Cunningham et Rauschenberg, et par son soutient apporté à ce dernier dans la création d’un centre de recherches artistiques pour la rencontre entre art et science.

Jochen Gerz :  1940, Berlin ; écrivain et artiste allemand ; actions, installations et interventions dans l’espace public ; cette dernière activité, liée à une réflexion éthique et politique sur la mémoire et l’oubli historique, le conduit à élaborer de nouvelles procédures d’intervention artistique ayant principalement pour objet d’interroger le fonctionnement de l’espace public et le rapport entre art et institutions ; de là la création de nouvelles formes d’art monumental intégrant la dimension du temps.

Léon Golub : 1922, Chicago ; peintre américain ; opposé à l’expressionnisme abstrait, il crée une forme de réalisme originale afin de réfléchir sur la condition humaine, notamment à travers la représentation théâtralisée, stylisée et monumentale (généralement grandeur nature sur des toiles de grand format) de situations de violence et d’emprisonnement typiques d’une certaine confusion entre dictatures et dérives policières des « démocraties » à l’égard des minorités sociales, ethniques et politiques.

Dan Graham : 1942, Urbana (Illinois) ; artiste, galleriste et critique d’art et de rock américain ; art conceptuel, performance, installation ; Dan Graham est un des rares critiques et artistes à mettre en lumière la fonction structurante et signifiante de l’architecture comme média dans la configuration et la perception des relations entre art et institutions, ainsi qu’entre espace public et espace privé, donc à donner à penser phénoménologiquement le processus de spatialisation des arts dans la modernité ; par le moyen de l’art vidéo, il complète cette réflexion par un questionnement anthropologique sur les relations entre religion, médias et arts populaires contemporains, spécialement le Rock n’ roll.

Toni Grand : 1935, Gallargues le Montueux-2005, Mouriès ; sculpteur français ; il travaille successivement les métaux, le bois et la résine ; sa réflexion porte constamment sur les procédures de production des éléments à partir des qualités de structure du matériau et de l’assemblage modulaire de ces formes irrégulières dans l’espace ; une certaine éthique de la facture et de l’émotion créée avec une grande économie de moyens le rapproche de Brancusi.

Eva Hesse : 1936, Hambourg-1970, New York ; sculptrice germano-américaine ; à partir d’une réflexion de fond sur le matériau et l’espace dans la sculpture moderne, elle remet en cause ironiquement l’art minimal en réintroduisant dans l’abstraction la dimension émotionnelle de la texture.

Gary Hill : 1951, Santa Monica (Californie) ; sculpteur et artiste vidéo américain ; passant de la sculpture à la vidéo, il invente des procédures d’installation vidéo à plusieurs écrans reliés et coordonnés, destinées à interroger l’image fragmentée du corps relativement à la perception et à la communication corrélées à l’image et à la parole ; cela le conduira notamment à rencontrer l’image de la croix et certains textes évangéliques apocryphes à travers la lecture de Maurice Blanchot et de Jacques Derrida.

Pierre Huygue : 1962, Paris ; architecte et artiste français ; art multimédia, installation ; démarche dont le fil conducteur est la relation du réel et de la fiction entre art et cinéma dans l’espace d’exposition, dont il prend également en compte le caractère architectural ; cela le conduit à créer une société de production de cinéma, mais aussi à acheter (en collaboration avec d’autres artistes, dont Philippe Parreno et Dominique Gonzales-Foerster) les droits d’exploitation d’un personnage « mort » de manga, Ann Lee, afin de le « ressusciter » dans un projet collectif de réflexion existentielle et métaphysique profond sur l’image aujourd’hui.

Joan Jonas : 1936, New York ; artiste américaine ; pionnière de l’art vidéo et de la performance, elle fait tôt le lien entre les deux : elle intègre la vidéo à ses performances et, réciproquement, ses vidéos sont généralement des enregistrements et des montages élaborés à partir d’une performance ; de plus, les différents éléments utilisés lors de ses performances (tissus, masques, accessoires, tableaux noirs avec écritures et figures, sculptures, etc.) sont disposés dans l’espace à des emplacements précis et forment ensuite une installation ayant à la fois un statut de trace et d’œuvre ; partie d’un questionnement sur l’image de la femme, elle évolue vers une anamnèse des mythes qui en sont constitutifs, lesquels deviennent le matériau de ses œuvres récentes.

Asger Jorn : 1914, Vejrum (Jutland)-1973, Aarhus ; peintre danois, membre fondateur du Groupe COBRA (acronyme de Copenhague, Bruxelles et Amsterdam) et du Bauhaus Imaginiste, ami intime de Guy Debord ; il contribue à un renouvellement radical de l’expressionnisme européen, inspiré par le surréalisme révolutionnaire, l’expressionnisme abstrait et l’apport capital de Dubuffet, dans un mouvement d’insurrection poétique et artistique de l’affect contre la mentalité amnésique et la culture technocratique de l’Europe de la guerre froide.

Ilya Kabakov : 1933, Dniepropetrosk (Ukraine) ; artiste russe ; dessins, installations, environnements ; ses œuvres sont de minutieuses mises en scènes, comme des décors de cinéma, de lieux et d’objets condensant une idée et un affect de la mémoire de la Russie soviétique en vue de proposer un travail d’anamnèse ; il ne s’agit pas de célébrer la fin du régime soviétique, mais au contraire d’opposer ironiquement la complexité, la richesse et la profondeur humaines insoupçonnées de ces images tridimensionnelles de la vie et de l’imaginaire en régime soviétique au triomphalisme libéral.

Anish Kapoor : 1954, Bombay ; sculpteur indo-britannique (vit et travaille à Londres) ; sculpture et environnement ; ses œuvres transposent dans une forme d’abstraction post-minimaliste une inspiration orientale contemplative : forme incurvées épurées évoquant tour à tour l’eau, les nuages ou la fleur, couleurs intenses dans la masse ou en pigments purs, surfaces réfléchissantes.

Allan Kaprow : 1927, Atlantic City-2006 ; philosophe, peintre, critique d’art et théoricien américain ; philosophe de formation, disciple de John Dewey (l’un des rares philosophes à s’être intéressé à l’art en tant qu’expérience) et élève de John Cage (New School for Social Research), son interprétation fondatrice de la rencontre entre Hans Namuth et Jackson Pollock le conduit au dépassement du système des beaux-arts vers la pratique de l’environnement et à l’invention du happening (dont la caractéristique est d’impliquer le public dans un environnement et dans le déroulement aléatoire de l’action induite par une « partition » temporelle et par cet environnement), contribution décisive ouvrant la voie aux pratiques des avant-gardes contemporaines ; il s’agit de la rencontre entre l’art et la vie par l’extension spatio-temporelle de l’acte de création artistique dans le milieu vécu en commun de l’expérience, visant à la transformation de celui-ci en même temps que de la conscience ; il développe également la performance de manière expérimentale par le film vidéo et l’intervention dans l’espace public ; certains happenings se situent en dehors des espaces et des temps spécifiquement dévolus à l’art.

Mike Kelley : 1954, Detroit ; artiste américain ; performance, installation ; il développe une réflexion de fond sur les arts populaires urbains, tels que le rock, les autels votifs anonymes, mais aussi sur l’hybridation des traditions et des imaginaires culturels comparable à certains égards à la démarche anthropologique de Joan Jonas.

Edward Kienholz : 1927, Fairfield (Washington)-1994, Hope (Idaho) ; peintre et galleriste américain, autodidacte issu d’une famille paysanne, ayant vécu et travaillé à Los Angeles ; objets, reliefs, assemblages, installations, environnements ; ses installations et environnements forment à la fois des reconstitutions minutieuses de lieux d’existences surannés, marqués par l’usure du temps et dont l’étrangeté est intensifiée par des détails oniriques et inquiétants selon des procédures éprouvées par le surréalisme, mais avec une certaine précision symbolique de l’intention qui donne à ces œuvres un sens existentiel, une provocation du sens sans échappatoires dans la polysémie.

Yves Klein : 1928, Nice-1962, Paris ; peintre français ; peinture, performance, installation, environnement, architecture ; le spiritualisme Rose + Croix, la dévotion à sainte Rita, la lecture de L’Air et les songes de Gaston Bachelard et une pratique de haut niveau du judo forment sa pensée artistique et le conduisent à l’invention du monochrome, indissociable de la relation de la surface picturale à l’espace du regardeur, selon une démarche contemporaine de Jackson Pollock et de Lucio Fontana ; il élargira sa réflexion par une rumination des quatre éléments constitutifs de l’imaginaire, selon la phénoménologie de la poétique de Bachelard : l’eau, le feu, l’air et la terre ; cela le conduira à la rencontre des architectes et artistes du groupe Zero en Allemagne, mais aussi à côtoyer la psychogéographie situationniste et, enfin, à élaborer une utopie architecturale et anthropologique : l’architecture de l’air.

Thierry Kuntzel : 1948, Bergerac-2007, Paris ; cinéaste, philosophe, sémiologue et artiste vidéo français ; vidéo, installation ; d’abord théoricien du cinéma et des relations entre art et télévision (thème dominant et militant de l’art vidéo à ses débuts), il développe une pensée des rapports entre dispositif cinématographique et appareil psychique le conduisant à s’interroger sur la temporalité et la matérialité de l’image en vidéo, sa relation à la peinture, la littérature et à la perception ; l’originalité et la profondeur de cette pensée impliquera le renoncement à la position d’extériorité et de surplomb de la théorie pour une exploration intérieure de l’expérience de l’image dans la pratique artistique.

Wolfgang Laib : 1950, Metzingen ; artiste allemand ; sculpture, installation, land art ; toute la démarche de cet artiste consiste en une rumination et une présentation d’éléments naturels à l’état pur, tels que lait, pollen, cire d’abeille, riz parfois présentés sur des blocs de marbre creusés, inspirée par la philosophie d’Extrême-Orient.

Sol LeWitt : 1928, Hartford (Connecticut)-2007, New York ; graphiste et sculpteur américain ; art conceptuel, installation, environnement ; il est l’un des fondateurs et penseurs de l’art conceptuel ; sa démarche se caractérise par le retrait de l’auteur et par une dialectique entre la réduction de la forme à des invariants tels que le carré et le cube et son déploiement sériel par variations ; il est ainsi l’héritier d’une éthique formelle ouverte à l’altérité de l’expérience artistique, initiée par Dada, De Stijl et le constructivisme contre le romantisme, dans un esprit « anti-humaniste » proche de Samuel Beckett, aboutissant à des procédures de dissociation entre conception et exécution proche de la musique, en un certain sens, et rappelant l’idée de Malévitch et de Moholy-Nagy de faire exécuter des œuvres à distance (par téléphone) à l’aide d’une grille de référence.

Richard Long : 1945, Bristol ; sculpteur, photographe et peintre anglais ; art conceptuel, land art, installation ; les principaux aspects de sa démarche consistent à choisir un site naturel et à déterminer  son rayon d’action sur une carte, puis à le parcourir à pieds pendant plusieurs jours en y effectuant un certain nombre d’actes réversibles, tels que marcher suivant une ligne prédéfinie ou déplacer des pierres choisies pour leur forme et leur taille puis d’en photographier la trace éphémère (l’herbe repoussera, les pierres sont remises en place, etc.) ; réciproquement, des matériaux naturels trouvés sur place pourront être rapportés et disposés dans une installation, ou simplement les documents de l’expédition ; sur le plan de la théorie de l’art, il s’agit d’élargir le concept de sculpture, mais il s’agit plus profondément et anthropologiquement d’interroger la relation de l’espèce humaine à la nature à travers des réminiscences de gestes archaïques tels que le marquage du lieu, l’empreinte et l’appropriation d’éléments naturels.

Steve Mac Queen : 1969, Londres ; cinéaste et artiste vidéo britannique, vit et travaille à Amsterdam ; cinéma, vidéo, installation ; il explore ce que le cinéma et la vidéo permettent de révéler de la condition humaine dans son inhérence au monde à travers la relation du corps à l’espace et à la temporalité des processus physiques.

Norman Mac Laren : 1914, Stirling (Royaume-Uni, en Écosse)-1987, Montréal ; cinéaste d’animation d’avant-garde ; son apport capital est la synthèse entre son, image, rythme et musique par l’intervention à même la pellicule selon des techniques multiples.

Lorenzo Madaresco :

Jonas Mekas : 1922, Semeniškiai (Lituanie) ; réalisateur, écrivain et critique de cinéma lituanien, exilé aux Etats-Unis en fuyant le nazisme ; fondateur en 1961 de l’Anthology Film Archive, dont les séances de projection forment un lieu capital de rencontre des artistes à New York, contribuant de façon déterminante à l’élaboration et l’échange d’idées constitutives de la problématique des avant-gardes contemporaines.

Mario Merz : 1925, Milan-2003, Turin ; peintre italien, résistant antifasciste emprisonné en 1945, il se met à dessiner sans fin et se consacre à la peinture à sa libération ; assemblages (premières utilisations du néon combiné à la peinture), installations ; sa démarche consiste à confronter des matériaux hétérogènes entre eux et avec des formes archétypales telles que la spirale, l’igloo, la table, la suite de Fibonacci, la figure animale.

R. Morris : 1931, Kansas City ; danseur, chorégraphe, théoricien, artiste multimédia américain ; art minimal, performance, installation, land art ; il est l’un des fondateurs de l’art minimal dont il a rattaché les principes et les procédures à la phénoménologie afin de penser l’inscription de la forme dans la relation entre l’espace de perception et l’espace mental du regardeur ; à travers la phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty, c’est surtout le corps en tant qu’instance globale de perception qui est en jeu et qui conduit l’artiste à élaborer une sorte de synthèse exploratoire des procédures de l’« art contemporain », telles que l’installation, la performance et le land art ; mais son œuvre récente prendra un tour plus métaphysique avec ses peintures assemblages au sujet de l’Apocalypse et la création de vitraux pour l’ancienne cathédrale de Maguelone.

R. Motherwell : 1915, Aberdeen (Washington)-1991, Provincetown (Massachussets) ; peintre et théoricien d’art américain ; sa peinture procède de la pratique en dessin de l’automatisme psychique pratiqué en poésie par les surréalistes ; bon connaisseur de la psychanalyse, sa peinture procède ainsi d’une exploration des résonances émotionnelles de la forme, de la couleur et des jeux de texture destinée à témoigner de la condition humaine dans l’histoire.

B. Nauman : 1941, Fort Wayne (Indiana) ; danseur, sculpteur et artiste multimédia américain ; art vidéo, body art, performance, installation, environnement ; son art multimédia gravite autour de deux aspects dominants : l’expérience corporelle et la perception sensorielle ainsi que les troubles concomitants révélés ou provoqués par le dispositif artistique ; son atelier est l’un de ses principaux terrains d’exploration des rapports entre le corps et les limites physiques et symboliques de l’espace habité, qui est la matrice de son œuvre.

Barnett Newman : 1905, New York-1970, New York ; peintre, sculpteur et théoricien de l’art américain ; il ne cache pas le mysticisme de son inspiration, fondée en particulier sur une lecture personnelle de la Kabale et pouvant se condenser dans le concept de sublime, conduisant alors le philosophe Jean-François Lyotard à faire l’anamnèse dans le texte de Kant de l’origine artistique du terme en remontant à Burke et à Longin et à en proposer une interprétation nouvelle à la lumière de l’événement de la Shoah et du problème du négationnisme, ce qui atteste en retour du sérieux des intentions éthiques de l’artiste lorsqu’il disait, avec Motherwell, refuser que l’abstraction exclue le sens (fondation du Groupe Subjects of the artists) ; comme chez Pollock ou Klein, cette profondeur de sens de la peinture n’est plus contenue dans les limites du tableau, mais implique la trace de l’implication corporelle et donc émotionnelle de l’artiste, d’une part, et sa mise à distance dans la relation active de la surface à l’espace perceptif du regardeur, d’où le privilège généralement accordé aux grands formats à l’échelle murale permettant de composer des environnements picturaux dans l’espace.

Claes Oldenburg : 1929, Stockholm ; peintre américain d’origine suédoise (sa famille s’installe à Chicago en 1936) ; pop art, happening, installation, environnement ; surtout connu pour la reproduction tridimensionnelle, parfois dédimensionnée, en divers matériaux, durs ou mous, de produits typiques de la société de consommation ; mais ce qui nous intéresse surtout ici c’est The Store, une gallerie-boutique où ces reproductions de marchandises, surtout en plâtre polychrome grossièrement badigeonné, forment un environnement pictural et qui fut le théâtre de plusieurs happenings ayant fait date : il s’agit de contester les lieux institutionnels et élitistes de l’art (la boutique est louée dans un quartier pauvre de New York et ses objets y sont vendus par lui-même), mais aussi l’académisation corrélative du modernisme défendu par Greenberg et de l’expressionnisme abstrait ; cette contestation procède d’un souci éthique et d’une dénonciation de la collusion entre cette confusion entre élitisme social, élitisme culturel et la société de consommation américaine.

T. Oursler : 1957, New York ; artiste multimédia américain ; vidéo, installation, performance ; dans ses œuvres multimédia, il s’interroge sur les répercussions de la société des médias sur le plan du psychisme et du corps humain.

A. R. Penck : 1935, Dresde ; peintre allemand ; l’œuvre de la maturité se caractérise par un primitivisme qui évoque la peinture rupestre préhistorique, notamment africaine, élaborée dans un esprit de résistance au régime de RDA et à l’esthétique officielle.

Sigmar Polke : 1941, Oels (Basse-Silésie) ; photographe, cinéaste expérimental et peintre allemand, sa famille s’installe à Düsseldorf en 1953 ; artiste expérimentateur de nouveaux procédés, il fonde avec Gerhard Richter, son condisciple à l’académie de l’art, le Nouveau réalisme capitaliste, critique ironique de la doctrine esthétique stalinienne et, en même temps de son équivalent médiatique à l’Ouest ; sa démarche combine alors le détournement des codes visuels médiatiques à une déconstruction de l’histoire de l’art par le détournement de signes stylistiques connus ; plus profondément, il s’agit de faire l’anamnèse des marques laissées par les totalitarismes à travers la perturbation du langage de la culture globale en ce qu’il tend à organiser l’amnésie historique.

Jackson Pollock : 1912, Cody (Wyoming)-1956, East Hampton (New York) ; peintre américain ; se forme auprès de Thomas Hart Benton, spécialiste de la peinture murale et théoricien de l’art, auprès duquel il fera la rencontre de José Clemente Orozco ; la rencontre avec l’art indien (en particulier la peinture de sables de couleurs Navajo exécutée au sol), avec l’écriture automatique surréaliste et la lecture de Carl Gustav Jung vont jouer un rôle déterminant dans son évolution artistique ; la décision de travailler sur des toiles de grand format non préparées, posées au sol, en laissant égoutter la peinture à leur surface (d’abord à l’aide de bidons percés puis avec un pinceau ou un bâton permettant de maîtriser le geste) le conduit à une implication corporelle et émotionnelle associée à une mise à distance par l’intervention du hasard et par l’absence de contact direct entre l’outil et la surface, dans un jeu subtil entre maîtrise et lâcher prise, pathétique et extase ; cela permet, en outre, un mode inédit de superposition des couches de couleur, produisant une dialectique paradoxale de la profondeur et du relief, de la présence et de l’absence ; la rencontre avec Hans Namuth, photographe et cinéaste de grand talent, qui réalisera une série de photographies et deux films du peintre au travail, sera décisive pour l’évolution des avant-gardes contemporaines et il revient à Allan Kaprow d’en avoir pris toute la mesure et d’en avoir donné une interprétation capitale montrant les relations complexes entre le geste du peintre engageant son corps dans le travail, le rapport de l’espace du support à l’espace de l’atelier et les autres toiles placées à la verticale, enfin le caractère de drame et de danse transformant le travail en action, l’ensemble donnant tout son sens à l’idée d’expression, condensant l’acquis des avant-gardes radicales et ouvrant la voie à son redéploiement par les avant-gardes contemporaines, où la peinture, de nouveau, sort d’elle-même dans l’espace.

Robert Rauschenberg : 1925, Port Arthur (Texas)-2008, Captive Island (Floride) ; peintre américain ; monochrome, combine painting, assemblage, installation ; il allie une sensibilité toute particulière pour les arts populaires et notamment le bricolage à un intérêt pour l’expérimentation technique, voire technologique (fondation de la firme EAT, Experiment in Art and Technology) ; il est l’un des initiateurs majeurs de la rupture avec l’académisation de l’expressionnisme abstrait (dans lequel il s’était illustré) qui ouvrira la voie aux avant-gardes contemporaines ; il est remarquable que cette rupture passe par une reprise de l’attitude et de certains procédés du dadaïsme ; la rencontre et la collaboration au Black Mountain Collège, lieu de diffusion de l’idéal du Bauhaus aux Etats-Unis, avec John Cage et Merce Cunningham, mais aussi Buckminster Fuller, fut décisive.

Gerhard Richter : 1932, Dresde, puis installation à Düsseldorf vers 1960 ; peintre allemand ; Gerhard Richter est à l’origine d’un renouveau radical de la peinture après Duchamp et conjointement à l’art conceptuel ; il peint tout autant des œuvres figuratives, toujours d’après photo, que des abstractions selon divers procédés, dans une sorte de récapitulation de la peinture moderne et de ses relations avec l’image pensée par-delà le « rétinien ».

Pipilotti Rist : 1962, Rheintal (Suisse) ; artiste vidéo et numérique suisse ; performance, art numérique, installation vidéo ; sa démarche d’installation vidéo procède d’une réflexion sur son inscription dans l’espace du regardeur et sur son échelle (certaine installations couvrent entièrement un angle de la salle d’exposition tandis que d’autres associent, par exemple  une boîte à pharmacie accrochée au mur et un écran miniaturisé sur le côté) ; la relation du corps féminin à l’espace naturel ou artificiel et au temps est constamment mise en évidence ; elle associe généralement un esprit ludiques à une dimension contemplative ou méditative.

Edward Ruscha : 1937, Omaha (Nebraska), il fait ses études et travaille à Los Angeles ; peintre, dessinateur et photographe américain ; art conceptuel ; il est un pionnier de ce mouvement et de l’invention du livre d’artiste en tant que support privilégié d’art non institutionnel et critique : à la différence des livres pour bibliophile ou des revues d’avant-gardes en tirage limité, le livre d’artiste est bon marché lors de sa publication et destiné à une plus large diffusion, mais graphiquement très soigné, bien que la forme soit généralement minimale.

Nicolas Schöffer : 1912, Kalocsa-1992, Paris ; sculpteur français d’origine hongroise ; inventeur du concept de sculpture spatiodynamique, il renouvelle l’art cinétique en y intégrant les principes interactifs de la cybernétique et en confrontant son concept à la scène comme à l’échelle de la ville, renouant ainsi avec l’utopie constructiviste du Monument à la IIIe Internationale de Tatline et avec l’esprit expérimental de Gabo, Pevsner et Moholy-Nagy ; il s’agit bien d’une nouvelle synthèse des arts répondant à la complexité accrue du milieu de vie urbain après la deuxième guerre mondiale.

Richard Serra : 1939, San Francisco ; sculpteur américain ; process art, cinéma expérimental d’action, installation, land art, sculpture monumentale ; toute sa démarche est une réflexion sur le temps et le mouvement en tant que processus se manifestant dans l’art ; même ses œuvres monumentales sont destinées à révéler le caractère conflictuel ou dialectique des processus agissants y compris dans une situation d’équilibre ou de régulation ; il est un artiste majeur post-minimaliste et post-conceptuel.

Charles Simonds : 1945, New York ; artiste américain ; body art, archéologie-fiction ; il crée et installe dans des anfractuosités architecturales et urbaines des maquettes de terre représentant l’habitat des « petits êtres » répartis en trois ethnies dont l’architecture archaïsante se caractérise respectivement par la ligne droite, la courbe générique et la spirale.

Tony Smith : 1912, South Orange (New Jersey)-1980, New York ; architecte, peintre et sculpteur américain ; sa formation et ses rencontres sont significatives pour comprendre son apport : il étudie au New Bauhaus de Chicago, fondé par Gropius et dirigé par Moholy-Nagy, il est l’assistant de Franck Lloyd Wright et l’ami de Newman et de Pollock ; il fera deux expériences phénoménologiques et existentielles décisives, l’un en 1951 ou 52, l’autre en 1962, en rapport avec le problème de la forme signifiante et des limites de l’art et du non-art dans la modernité qui le conduiront à créer des sculptures ouvrant la voie à l’art minimal ; ses sculptures généralement monumentales sont constituées de formes polyédriques dissymétriques créées pour dialoguer avec le site ; Michael Fried verra en lui le point de départ de la « théâtralisation » de l’art.

R. Smithson : 1938, Passaic (New Jersey)-1973, près de Tecova Lake (Texas) ; peintre américain ; installation, cinéma, land art ; à l’instar de Pollock, il part d’une réflexion sur les mythes et les archétypes du religieux, les processus naturels (il s’intéressera notamment à l’entropie) dont il explore l’expression de l’angoisse humaine jusque dans l’art populaire, particulièrement le cinéma dit de « série B » ; mais, plus profondément, le land art est l’occasion d’interroger la situation de l’activité humaine entre nature et cosmos, ce dont témoigne exemplairement la célèbre Spiral Jetty dans le Grand Lac Salé et le montage cinématographique réalisé à partir de prises de vues de la mise en place des blocs de rocher qui la constituent.

Michael Snow : 1929, Toronto ; peintre, sculpteur, photographe plasticien, cinéaste et pianiste de jazz canadien ; son apport au cinéma expérimental est des plus importants en ce que chacun de ses films repose sur la construction d’un dispositif original destiné à mettre en évidence une dimension fondamentale de l’expérience cinématographique : la perception, l’exploration de l’espace, la création du sentiment de la durée, la mémoire, la contemplation ; sa pratique des autres arts lui permet d’en interroger le rapport au cinéma à partir de celui-ci.

Nancy Spero : 1926, Cleveland (Ohio), vit et travaille à New York ; peintre américaine ; arts graphiques, installation, environnements ; son thème principal est l’image, la condition et le rôle de la femme dans l’imaginaire et face à la violence (emprisonnement, torture, viol), mais elle a également réalisé un important travail sur Antonin Artaud ; ses recherches la conduisent à explorer la rencontre des cultures dans l’imaginaire en employant des techniques d’estampage afin de mettre à distance le pathos personnel de l’artiste.

James Turell : 1943, Los Angeles, né d’une famille quaker d’origine franco-irlandaise, vit et travaille à Flagstaff (Arizona) et en Irlande ; artiste américain ; installation, environnement ; de formation initialement scientifique (mathématiques, psychologie), son travail sur la lumière allie art, technique et science ; il s’agit d’environnements immersifs colorés, sortes de boîtes pénétrables construites pour diffuser de manière égale une lumière artificielle ou naturelle dont la source est cachée ; il a acheté en 1983 le Roden Crater qu’il transforme progressivement un grand observatoire de phénomènes astronomiques.

R. Tuttle : 1941, Rahway (New Jersey) ; sculpteur et peintre américain ; ses travaux se contentent souvent de quelques matériaux très simples tels que le papier le bois ou des tissus, réduits au minimum, souvent de petites dimensions et très colorés, avec lesquels il explore les relations et les frontières entre la peinture et la sculpture ; il a ainsi ouvert de nouvelles voies sensibles à l’abstraction par-delà l’art minimal et l’art concret.

Steina & Woody Vasulka : 1940, Reykjavik (Steina), 1939, Brno (Woody) ; Steina est musicienne et artiste vidéo islandaise ; Woody est ingénieur et cinéaste tchèque ; s’installent à New York en 1965 et travaillent en collaboration à l’exploration des possibilités plastique du matériau vidéographique en provoquant méthodiquement des déformations du signal électromagnétique suivant le principe de variation ; à l’instar de Rodtchenko en photographie, il s’agit de découvrir une autre réalité par la déconstruction de la mimesis intégrée aux appareils d’enregistrement ; pour ce faire ils utilisent des synthétiseurs vidéo et construisent leurs propres machines couplant les techniques électromagnétiques et numériques du son et de l’image afin de produire des films et des installations : l’Articulateur d’images numériques, basé sur une logique mathématique permettant de combiner des images vidéo en temps réel, ces combinaisons révélant la logique interne du système, ou la Machine vision faisant tourner des caméras autour d’une sphère dont elles enregistrent les reflets ; l’ensemble de ces expérimentations visent à une exploration du temps et de l’espace et conduisent à l’invention de nouveaux modes de récits cinématographiques.

Bill Viola : 1951, Flushing (New York) ; artiste vidéo américain ; installation, environnement ; s’il maîtrise parfaitement les possibilités techniques de la vidéo et du numérique, il les aborde toujours comme un outil servant à exprimer sa thématique personnelle, qui traite d’expériences humaines fondamentales telles que la mort et la naissance ; mais ces thèmes ne sont nullement abordés de façon illustrative : l’image vidéo ainsi produite procède d’une véritable méditation que l’on pourrait dire graduelle et convergente sur la rencontre entre ce que ces possibilités techniques peuvent donner à voir et entendre et ces expériences humaines qui en renouvelle le sens, cette rencontre entre technique et expérience s’articulant autour d’une connaissance et d’une pratique approfondies des techniques de méditation et de rumination spirituelle et ce qu’elles apprennent sur la perception, l’affect et la mémoire.

Jeff Wall : 1946, Vancouver (Canada) ; artiste photographe canadien ; ses tableaux photographiques minutieusement composés renvoient aux catégories de la représentation classique (paysage, portrait, etc.) ; ses cibachromes de grands formats, disposés dans des cadres éclairés par des tubes fluorescents, font également référence ironiquement à des modèles illustres de l’histoire de l’art en tant que substrats d’une composition reconstituant des scènes de la vie quotidienne dans la ville globale d’aujourd’hui ; il s’agit ainsi d’une pensée de la condition humaine au présent mise à distance par le jeu avec les codes classiques de la représentation tels qu’ils informent encore la perception du réel à travers les images médiatiques.

Andy Warhol : 1928, Pittsburgh (Pennsylvanie)-1987, New York ; graphiste et peintre américain d’origine tchèque ; ses dessins et sa peinture figuratifs prennent systématiquement pour modèles d’autres images déjà reproduites et diffusées à travers la mode, la réclame, la presse, la bande dessinée, etc. ; il érige se faisant en symboles (certains iront jusqu’à dire en « icônes ») des figures et des objets types de la société de consommation occidentale, surtout américaine ; toutefois, il ne s’agit pas d’une simple adhésion à ce mode de vie car la dimension de l’ironie, au sens fort de ce mot dans la culture, la littérature et même la philosophie (Rorty par exemple) anglophones, n’est pas à négliger chez cet artiste (bien que la limite de son caractère subversif pourrait être un certain dandysme) : en effet, il était également entouré de personnes en rupture complète avec le consensus « libéral », tels que Jonas Mekas et bien d’autres ; de plus les affinités du pop art et tout particulièrement de Warhol avec l’esprit de Fernand Léger, notamment l’idée du « folklore urbain » des devantures, mériteraient d’être explorées (c’est particulièrement évident chez l’un de ses élèves : William Klein) ; autre aspect étonnant d’un personnage dont la vie faisait partie intégrante de sa démarche artistique : il était cependant demeuré catholique pratiquant et contribuait généreusement et régulièrement aux bonnes œuvres de sa paroisse (la plupart de ses proches ne le découvrirent qu’à l’occasion de ses obsèques).

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