du bonheur

Texte lu lors d’une exposition-performance de Ga Young Fichet-Lee et Ulla Rousse, à Montreuil, en 2008

Bonjour à tous.

Un message, pour Ulla et Ga-Young

Que nous veut le bonheur ?

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, permettez-moi de vous jeter quelques mots, écrits presque au fil du clavier, pour introduction à votre expérience — que je ne connaîtrai pas.

L’expérience : comment faire fond sur ce que j’éprouve, mais ne pourrai communiquer, échanger ? Comment donner une trace ?

Un coup de dé, on le sait, jamais n’abolira le hasard ; se jeter dans le bonheur, s’y plonger n’abolira jamais la séparation.

Le bonheur, qu’est-ce ?

La durée d’une extase. C’est difficile, ça fait mal.

Le seul don à l’autre, non la prise. Ou la déprise, la dépossession de soi.

Suicide ? Se déposséder sans soumission. Se déposséder et ek-sister partout. Sans servir.

Autonomie. Autonomie pour autrui.

Sacrifice ? Mais de quoi ou de qui ?

Exposer. Exploser ici, maintenant. Donner quand il y a bien à donner. Donner le don du don. Donner le nom, appeler et laisser être. Donner la vie.

Se donner et s’adonner. Culture. Art de cultiver, de se cultiver. Méditation.

Bonheur comme un fil qui tient l’existence et reliera joie et peine, plaisir et douleur, amour et haine. Love, Hate.

La béatitude des philosophes, des sages, des saints ; le souverain bien. Ce n’est pas le confort, ni la possession de quelque chose ou de quelqu’un. Ni même la santé. Il ne s’agit pas d’avoir la forme, mais d’être et de donner forme, sans doute. Ce n’est pas le contentement repu et la suffisance du bourgeois.

Le contraire du malheur, mais non son exemption. Fuir le malheur, le danger, c’est perdre en même temps, dans le même mouvement la capacité au bonheur. C’est donc la plus grande souffrance de ceux qui n’ont plus le choix de rester ou partir. L’humiliation d’être privé du pouvoir de faire face au malheur, d’éprouver qu’il y a la mort.

Une joie subtile, qui dure et traverse les stades de l’existence.

La capacité au bonheur demande de savoir et de pouvoir faire le deuil, de faire fond sur la perte.

C’est la sagesse : le pouvoir d’être libre par soi, pour soi et pour autrui. Rien à voir avec l’égoïsme et la soumission à l’ordre établi, à l’oppression.

Autonomie, non autarcie. Pour autrui.

Le véritable bonheur se donne.

Comment parler du bonheur sans naïveté ? Cela a-t-il encore un sens ?

Chacun en fait l’expérience, mais l’expérience authentique ne se communique pas, elle communique et se donne. Faut-il se sentir coupable ?

LE BONHEUR EST-IL COUPABLE ?

Mais il est difficile d’accepter le bonheur. Le peut-on seulement ? Cela fait peur.

Le bonheur est l’épreuve de la liberté et l’on consent à la servitude parce que ça fait mal, ça fait peur.

On a le sentiment très vif, insoutenable, d’atteindre les limites de l’être, de sortir de soi interminablement, au seuil de l’anéantissement ; une dissolution extatique qui donne envie de hurler.

7 commentaires pour du bonheur

  1. J’ai le bonheur de vous souhaiter une bonne et heureuse année ainsi qu’a vos proches …!!!

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