The Impressionists and Edouard Manet

Un texte important de Mallarmé sur son ami, très utilisé par Pierre Bourdieu dans ses excellents cours sur ce qu’il appelle la révolution symbolique advenue par Manet.

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Stéphane Mallarmé by Manet Stéphane Mallarmé

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Ulla Rousse à la Maison des étudiant-e-s suédois-e-s

A la mémoire d’Emmanuel Rioufol

La présente exposition à la Maison des étudiant-e-s suédois-e-s se déploie comme un Cabinet de curiosités, qui rassemble quelques éléments antérieurs et de nouveaux travaux. Parmi les nombreux matériaux employés, le textile l’emporte. La technique de la gravure sur linoléum était toutefois déjà présente auparavant, d’abord sur divers papiers, puis de plus en plus sur de grandes étendues de tissu présentées en tenture sur les murs. On y retrouve la même démarche que pour l’ensemble de ses installations : différentes pièces qui peuvent s’apprécier isolément sont néanmoins faites pour se combiner dans des compositions différentes selon le lieu. Cette année, des poupées font leur apparition et donnent à ce grand environnement immersif un surcroît de présence : leurs corps sont faits de tissu de coton fin écru cousu et rembourré, leurs visages sont imprimés à la main par linogravure. Le tout est exécuté avec une naïveté expressive, sans souci de réalisme anatomique. Nous retrouvons là l’éthique de l’imperfection caractéristique de l’artiste Ulla Rousse et si touchante pour les regardeuses et regardeurs, qui ne manquent pas de lui témoigner de l’intensité de leur expérience. On retrouve cependant dans cette exposition d’autres pièces, certaines rappelant des installations antérieures : des dessins, des aquarelles sur divers supports, des plâtres façonnés ou moulés et peints, des tentures, des fragments de tricots inachevés, de tissages sur leurs petits métiers de carton ou de bois bricolés. L’un de ces métiers à tisser, accroché comme un tableau, avec ses brins de laine pendants, semble faire ironiquement allusion à un tic courant chez de nombreux peintres contemporains : la coulure. L’humour est d’ailleurs une dimension de l’esprit artistique d’Ulla Rousse, qui côtoie toujours le tragique et l’émerveillement.

Pour cette nouvelle exposition personnelle, l’artiste montre encore sa capacité à maîtriser l’espace avec une grande variété de pièces et de matériaux. On peut ainsi voir en elle une digne héritière de Louise Nevelson, à laquelle il est rendu hommage à Venise cette année. La grande artiste américaine est en effet à l’origine de cette pratique de l’installation, dérivée de l’assemblage, que Ulla Rousse, sculptrice de formation, développe depuis toujours à partir de pièces qui, tout en ayant chacune leur autonomie plastique, sont conçues pour s’associer de diverses façons dans une composition élaborée à chaque fois in situ. C’était déjà le cas lors de son brillant travail de diplôme qui avait ravi le sculpteur Toni Grand. D’autres œuvres marquantes peuvent être citées. Comme une grande Vanité, dans un ensemble intitulé Crash décomposition II-Individu X, au Théâtre de verre en mai 2010, faite de dessins par palette graphique, à partir de photographies d’accidents glanées sur internet, associés à des fleurs, une pendule, un crâne, imprimés sur des feuilles de celluloïd de forme circulaire ; celles-ci, accrochées à quelques centimètres du mur, étaient éclairées chacune par une petite lampe dans une pièce entièrement plongée dans le noir. Mentionnons encore une installation importante qui eut lieu en mai 2016 à l’atelier du photographe Emmanuel Rioufol, le Pavillon Jaune, où Ulla Rousse put investir trois espaces différents : une belle salle d’exposition de type white cube, un soul-sol doté de multiples recoins et l’escalier tournant qui y menait. La salle accueillait des linogravures sur papier cristal et des plâtres peints baignant dans une belle lumière zénithale, l’escalier étroit et sombre montrait un dispositif proche de la Vanité précédente, utilisant ses courbures et ses rebords, puis, dans le souterrain, des vidéos énigmatiques, telle Paradeisos Infernis, étaient projetées. Le tout formait ainsi un Parcours initiatique riche en surprises et en émotions variées.

Dans la fabrication comme dans l’installation de ses divers éléments, le bricolage est inhérent à la démarche artistique de Ulla Rousse. Comme elle le dit sans cesse, il s’agit de faire avec les moyens du bord, afin de ne pas cesser de faire, sans attendre de se trouver dans une situation idéale qui n’aura jamais lieu, en tout cas pour elle. Il y a là un mode d’être, un ethos, propre à l’art populaire, dont Ulla Rousse est imprégnée, non seulement parce que le goût pour l’économie domestique et son ornementation est particulièrement prononcé dans la culture suédoise, mais aussi parce que l’artiste, par ailleurs membre active de l’Association Artistique Suédoise à Paris, est elle-même une enfant des classes populaires, ouvriers des forges, paysans forestiers et Samis. Cette éthique, sa connaissance raffinée des sentiments enracinés dans la matière, sa résistance au perfectionnisme technologique, est le fond même, d’une inépuisable richesse, de son œuvre. Or, si l’originalité des réalisations d’Ulla Rousse est évidente et immédiatement reconnaissable, elle nous met pourtant aussi en relation avec ce fond anonyme des cultures populaires, avec un sens profond du commun, du collectif. C’est cela qui émeut si fort quiconque en fait l’expérience : on se sent tout de suite en rapport avec ses propres affects, en communion avec ceux qui animèrent l’artiste dans son travail et qui font trace en lui. Car, on reconnaît les œuvres majeures à cela qu’elles abordent sans détour, mais avec finesse, les grands thèmes qui ne cessent d’interroger l’être humain, individuellement et collectivement, sur le sens de son existence : la vie, la mort, l’amour, la souffrance. C’est sans doute pour cela, notamment, que les poupées représentent des figures d’apôtres et d’évangélistes, hommes du peuple saisis par le sublime de l’absolu. A tel point que la mise en place même de l’installation appelle le dialogue avec l’autre, suscite chez celles et ceux qui ont la chance d’y assister le désir de participer ; et c’est ce qui s’est passé ici : celles et ceux qui l’ont aidée ont trouvé leur place dans cette création et ont pu y apporter quelque chose. Il y a là une puissance du lien et de la communauté dans l’art que je vous souhaite de vivre joyeusement grâce à l’œuvre d’Ulla Rousse.

Voilà, nous avons décroché les œuvres ce jeudi 26 mai. Cette exposition a reçu la visite de beaucoup de personnes, souvent jeunes, la plupart très intéressé-e-s, touché-e-s, voire enthousiastes, avec lesquel-le-s nous avons beaucoup discutés et qui posaient des questions intéressantes. Cela fut ainsi une expérience riche et très satisfaisante en un lieu beau et très accueillant, en particulier grâce à son directeur Pierre Tolcini et à son responsable de l’entretien Antonio, qui se sont montrés vraiment enchantés du travail d’Ulla Rousse.

En revanche, Jacques qui a disparu dès le jour du vernissage, n’a toujours pas reparu…

Pour plus d’informations : 

Ulla Rousse, Book Présentation des travaux antérieurs. 1993-2019 :

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Puissance des moyens esthétiques

Alfred Eisenstaedt, Joseph Goebbels, Société des Nations, Genève, 1933

Les professionnels de la propagande moderne l’avaient compris, comme Edward Bernays, neveu de Freud, ou Goebbels, mais aussi, de l’autre côté de la barricade, Serge Tchakhotine et des philosophes tels que Walter Benjamin, Adorno ou Guy Debord : les moyens esthétiques ne forment pas seulement une simple « superstructure », un reflet déformé des rapports sociaux de production, un voile idéologique qu’il suffirait de soulever pour découvrir la seule réalité économique (« l’infrastructure »), mais participent bien du rapport social en soi, en tant que partage du sensible, comme on pourrait le dire avec Jacques Rancière ; ils constituent des forces productives et déterminent le mode de production, notamment par les industries culturelles, ils produisent de la valeur, une forme et une force d’action, un pouvoir à la disposition des médias et de la réclame, mais aussi une puissance critique et politique de création et de transformation du monde.

Alfred Eisenstaedt, Joseph Goebbels, Société des Nations, Genève, 1933 : il vient d’apprendre à l’instant que le photographe est d’ascendance juive

Alfred Eisenstaedt, le maître du Leïca 35 mm, Londres, 1932

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